Date de publication: le jeudi 17 mai 2007 à 02h39
Dernière modification: par Pascal BOYER le samedi 21 juillet 2007 à 13h21
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L'histoire nous apprend que c'est Richard Stallman, un chercheur en informatique au MIT, qui fut le premier à employer le terme de logiciel libre. Cependant, contrairement à une idée reçue et aussi fausse que largement diffusée, un logiciel libre n'est pas un logiciel libre de tous droits.
Gérard Blanc
Aussi, « logiciel libre » et « logiciel commercial » ne sont pas des termes antagonistes, c'est « logiciel libre » et « logiciel propriétaire » qui le sont. En fait, le logiciel libre, comme toute oeuvre intellectuelle, est régi par la loi sur les droits d'auteur. Aussi, c'est une licence qui en précise les conditions d'utilisation, de modification et de distribution.
Dans le cas du logiciel libre, la particularité de cette licence est le soutien du concept de « liberté » qui s'applique tant à l'utilisateur qu'au développeur. Ainsi, la « liberté » d'un logiciel a été définie par la FSF « Free Software Foundation » sous la forme de quatre aspects hiérarchisés et ponctuels de liberté. Il s'agit d'abord de la liberté d'utiliser le logiciel, pour quelque usage que cela soit. Ensuite, il s'agit de la liberté de modifier le code source du logiciel afin que chacun puisse l'adapter à ses propres besoins. Puis, il s'agit de la liberté de redistribuer des copies du logiciel ou de ses variantes, de façon gratuite ou tarifée. Enfin, il s'agit de la liberté de retourner des versions modifiées du code source vers la communauté, pour que celle-ci puisse profiter des apports réalisés.
Deux solitudes face à face
Dans le domaine du logiciel libre, deux grandes solitudes se font face. D'un côté se trouvent les communautés de développements du logiciel libre et de l'autre les organisations utilisatrices de l'informatique, qui forment l'industrie. Ces dernières sont des PME, de grandes entreprises et des organismes en tous genres, gouvernementaux, paragouvernementaux, OSBL, etc.
Dans ce face à face, les uns conçoivent et développent, les autres consomment. A priori, tout devrait les rassembler et en faire des partenaires d'affaires. Pourtant, la réalité est tout autre, bien qu'aucun n'ait d'adversité ou de discrimination envers l'autre. Entre les deux s'étend un immense fossé de communication, par-dessus lequel deux solitudes s'observent avec le regard hagard de l'incompréhension. D'un côté le monde associatif, royaume du partage, de l'échange communautaire et du transfert de savoir et de connaissance. De l'autre, le monde de la concurrence, empire de la compétition, du secret de production, de la stratégie commerciale, du profit et de la valeur des actions. D'un côté, ceux qui entretiennent la communauté et développent pour l'industrie, de l'autre ceux qui négocient et contractualisent, tant avec les clients que les fournisseurs. D'un côté, ceux pour qui une parole a effet de contrat, et de l'autre, ceux pour qui seuls les contrats dûment signés, authentifiés et identifiés ont force de loi.
Par son utilisation du logiciel libre, l'industrie devient responsable du fonctionnement et du rendement de son application. C'est à dire responsable d'un ou plusieurs ensembles de code libre et des adaptations ou modifications qui lui ont été apportés. Même, si les ensembles de logiciels libres demeurent régis par leurs licences respectives, ces dernières transfèrent la responsabilité de fonctionnement à celui qui utilise effectivement le code. Elles lui octroient pour cela tous les pouvoirs d'adaptation et de modification.
L'industrie se sent naturellement inconfortable vis-à-vis d'une telle liberté. Elle est habituée à transiger avec des fournisseurs qui demeurent responsables de leurs produits et vers qui elle peut se retourner en cas de dysfonctionnement. Le respect des obligations morales de la communauté du logiciel libre et le maintien d'une bonne relation avec celle-ci voudraient que les adaptations et les modifications réalisées par l'industrie soient retournées à la communauté sous la licence originelle. Pour l'industrie, la seule idée que ses concurrents puissent acquérir sans coût et sans restriction le logiciel qu'elle a elle-même adapté la fait frémir. Cela pourrait bien être suffisant pour qu'elle refuse d'adhérer à l'esprit de la liberté d'échange du libre.
Sur un autre plan, pour l'ensemble des communautés du libre la qualité du développement prime toujours sur la vitesse de production et sur le côté impératif d'un délai de livraison. Là encore, il s'agit de valeurs avec lesquelles l'industrie a de la difficulté à cause de l'aspect souvent stratégique des développements de logiciels.
Pour les communautés du libre, la pérennité du logiciel est dans l'essence même du travail réalisé. Mais pour l'industrie, lorsqu'un logiciel ne fait plus l'affaire ou ne supporte plus l'aspect concurrentiel de l'organisation, il est remplacé sans autre sentiment. De façon globale, l'industrie est mal à l'aise et inquiète avec les « libertés » mêmes du libre, ainsi qu'avec le manque d'un interlocuteur unique et juridiquement responsable, à qui transférer la responsabilité en cas de problème ou d'insatisfaction.
De quoi est-il question concrètement ?
Le terme générique de logiciel libre, renferme néanmoins des produits spécifiques et opérationnels. Tels que : le système d'opération « GNU-Linux », l'annuaire « OpenLDAP », le serveur WEB « Apache », le serveur de ressources « Samba », la base de données « MySQL », la messagerie « Postfix », le navigateur « Firefox », le gestionnaire de projets « OpenWorkbench », la suite bureautique « OpenOffice », l'application d'infographie « The Gimp », le clip art « Open Clip Art », le convertisseur de fichiers « 7-ZIP », le logiciel de courrier électronique « Thunderbird », le gestionnaire de contenus « Xoops », le gestionnaire de publications « Typo3 », l'application de CRM « SugarCRM », l'application de téléphonie IP « Asterisk », etc. La liste pourrait encore être très longue, et s'allonge régulièrement. Le logiciel libre n'est effectivement plus juste un concept. Et outre, il n'est pas impératif de fonctionner sous Linux pour utiliser bon nombre d'applications proposées sous licence de logiciel libre.
Peut-être la lumière au bout du tunnel
Depuis toujours, les communautés de développement du libre se sont concentrées sur le code du logiciel, sur ses modifications et sur son évolution. Elles ont presque toujours laissé la diffusion de leurs produits aux entreprises désireuses de le faire. Ainsi, depuis toujours, nombre d'entreprises se sont identifiées comme diffuseurs des logiciels libres et fournisseurs de services connexes. Les licences des logiciels libres et leurs codes sources étant gratuits, c'est avec les services connexes que ces entreprises font leurs profits.
Ces entreprises sont d'ailleurs souvent le fait de membres actifs des communautés de développement du libre. Par conséquent, ils en respectent à la lettre les visions et les valeurs. Malgré un travail important et une progression intéressante, ces entreprises spécialisées ne connaissent que rarement le succès espéré. Entre ces entreprises et l'industrie, qui est leur clientèle, il semble exister le même fossé qu'entre les communautés de développement du logiciel libre et cette même industrie. Peut-être que ces entreprises sont trop spécialisées et que leurs gestionnaires trop proches des communautés ?
S'éloigner pour s'en rapprocher
Depuis quelque temps, d'autres entreprises, dont la mission est également entièrement dévolue au logiciel libre, émergent sur le marché. Ces entreprises, moins proches des communautés de développement, au sens où elles n'y sont pas directement actives, en possèdent néanmoins une profonde connaissance. Ces entreprises se sont donné comme mission d'intégrer des pans de logiciels libres dans des architectures conventionnelles, créant ainsi des architectures mixtes.
Ces architectures, avec le temps, vont disposer d'un taux de logiciels libres croissant. Peut-être avec le secret espoir de voir un jour ces architectures franchir le cap du 50 % et se retrouver avec des composantes libres en majorité. C'est par le biais des applications que ce chemin de migration en douceur pourra se réaliser. Il est vrai que la période actuelle est une période prospère d'apparition d'applications développées en logiciel libre. Ces intégrateurs d'applications libres, s'ils parviennent à adapter leur niveau de communication à leur clientèle, sont probablement le prochain quantum dans la trajectoire du logiciel libre. Compte tenu que les applications nouvelles découlant du logiciel libre, de même que les versions et les évolutions du code existant apparaissent tous les jours. Il est complexe pour l'industrie d'en suivre l'ensemble et de se tenir à jour. Aussi, certaines entreprises sont-elles en train de se spécialiser comme « courtier en logiciel libre ».
En conclusion, si nos organisations occidentales ne parviennent pas à se sensibiliser aux différents impacts et avantages attachés au logiciel libre. Si elles continuent à le considérer comme marginal. Si elles ne font pas l'effort d'en analyser la pratique. Le statu quo pourrait bien demeurer encore pour longtemps. Avec comme effet que certaines communautés implantées à proximité cesseront leurs activités de développement.
Parallèlement, il se pourrait que les pays en voie de développement, n'ayant pas les moyens de s'offrir une informatique propriétaire, plongent stratégiquement dans le logiciel libre. Dans un contexte de concurrence mondiale, les organisations tiers-mondistes se verraient-elles par le fait même attribuer un avantage concurrentiel certain ? En disposant de coûts d'exploitations, de coûts de développement et de coûts de licences sans commune mesure ? D'autant que si un tel scénario voit le jour, nombre de communautés du libre pourraient éclore dans ces pays, avec l'aide et le soutien des communautés occidentales. Elles pourraient même prendre un tel pouvoir que lorsque les organisations occidentales voudront prendre le chemin du libre, elles devront s'adresser à ces nouvelles communautés lointaines. Et ce sont elles qui auront dans les mains la destinée concurrentielle d'entreprises occidentales stratégiques, de gouvernements du G8 et même de nombreuses forces armées de différents pays.
Imaginons également un instant que le gouvernement chinois décide que le logiciel libre devient pour son pays un levier stratégique interne, mais également externe. Où pensez-vous que se trouverons les plus importantes et les plus puissantes communautés ? Où se trouveront alors l'expertise, le savoir et la connaissance?
Lectures libres
Pour le lecteur qui désire aller plus loin, voici trois sites fédérateurs et purement québécois, parmi les milliers consacrés au logiciel libre sur Internet. Tout d'abord, le site de la Conférence sur les Logiciels Libres et les Administrations Publiques (CLLAP), un évènement devenu annuel : http://www.cllap.qc.ca/2006 .
Ensuite, la section destinée au logiciel libre, sur le site du ministère des Services gouvernementaux :
http://www.services.gouv.qc.ca/fr/administration/libre.asp .
Il est à noter que cet organisme, sous la houlette du ministre Henri-François Gautrin, s'est particulièrement intéressé au logiciel libre et à son utilisation par le Québec. Il en est apparu plusieurs projets concrets et en fonctionnement, qui sont documentés, entre autres, sur le site suivant.
Enfin, le site gouvernemental spécifique aux contenus relatifs au logiciel libre :
http://www.logiciel-libre.gouv.qc.ca .
Il est à noter que ce site explique lui-même qu'il fonctionne sur une plate-forme « LAMP » (Linux-Apache-MySQL-PHP/Python/Perl) et utilise typo3, une réalisation qui pourrait se voir attribuer le label « 100 % logiciel libre ».
Gérard Blanc est associé principal d'une firme conseil en gestion et en systèmes d'information (01/10/2006)














