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Quand nous serons tous Grecs

Table des matières

  1. Réalités d'une misère programmée
  2. Un plan de sauvetage non négociable pour des résultats incertains
  3. En Grèce, le marché du travail dévasté par la crise
  4. Poubelles et système DS
  5. Grèce: le chômage à 26% d'ici 2012 ?
  6. En Grèce les médicaments se paient cash

FMI, BCE et U.E. imposent leur austérité à la Grèce

Date de publication: le samedi 28 janvier 2012 à 15h39
Dernière modification: par Pascal BOYER le lundi 13 février 2012 à 22h22

Une austérité à long terme sans garantie contre une sortie de la Grèce de la zone euro

Magasin en flamme - Grèce le 12 02 2012

12-02-2012 - Magasin en flammes - Manifestation en Grèce après signature du plan de sauvetage BCE/U.E./FMI

Dans l' article d'introduction de cette rubrique, j'indique les sempiternelles mesures économiques imposées en remède par le trio infernal FMI, BCE et U.E. à tout gouvernement européen en proie à une crise économique grave. Ces mesures d'austérité implacablement imposées, directement issues de la trousse à outils du FMI, n'ont jamais, c'est à dire pas une seule fois, fait la preuve de leur efficacité en terme de bienfaits sociaux. Les peuples sont toujours ressortis laminés par leur mise en œuvre partout où le FMI les ordonnait.

L'interview de l'économiste du journal La Tribune, Valérie Segond, que vous trouverez au bas de cet article, propose une illustration parfaite et détaillée d'un plan d'austérité asséné, en l’occurrence à l'économie grecque, et dont on mesure par avance les conséquences sociales, les risques économiques, le caractère inadéquat en regard des caractéristiques propres à l'économie grecque et dont on dit d'ores et déjà qu'il n'est en rien une garantie contre la sortie de la Grèce de la zone euro. Et pourtant, ce plan-là, la Grèce est sommée de l'appliquer en échange d'un prêt de 130 milliards d'euros qu'elle sera bien incapable de rembourser. Même un économiste tel qu'Emmanuel Todd ne parvient plus à comprendre ce qui dicte des comportements aussi stupides.

Un plan cohérent du point de vue strictement économique

Dans un premier temps, Valérie Segond, invitée de la journaliste de France Culture, Véronique Pellerin, nous explique ce que l'on nous rabâche depuis plus de 20 ans: pour que cesse l'accumulation des dettes il faut que cessent les dépenses publiques. Le FMI et l'UE imposent donc à la Grèce de réduire ses dépenses publiques. Et pour cela, ils imposent de réduire, comme il se doit, le nombre de fonctionnaires et, dans le cas présent, le nombre d'élus également. Le nombre des représentants du peuple grec sera en effet divisé par deux. Puis il faudra également baisser les retraites des salariés d'état. Enfin, une baisse générale des indemnités de licenciement sera de mise.

L'économiste aborde ensuite les mesures à même d'accroître les recettes de l'état: augmentation de la TVA, des taxes sur l'alcool et sur le carburant. Sans oublier une baisse drastique du seuil d'imposition.

Il n'est point nécessaire d'être diplômé d'IHEES (Institut des Hautes Études Économiques et Sociales) pour anticiper que de telles mesures auront pour première conséquence d'appauvrir le peuple grec dans son ensemble, riches exceptés cela va sans dire. Aussi, est-il fondé de s'interroger sur la pertinence d'un tel recul du pouvoir d'achat pour relancer une économie. Mais notre économiste, elle, semble porter un autre regard et poursuit convaincue que ce plan s'attaque au problème de fond: la sous-productivité de la Grèce qui est devenue insolvable parce que non compétitive ! Et d'ajouter qu'entre 2000 et 2009 les hausses de salaires ont fait de la Grèce un pays cher ( le salaire minimum brut a évolué au cours de la période de 540€ à 863€ ). Et d'expliquer encore: la dévaluation de la monnaie est une technique éprouvée pour relancer l'économie d'un pays en mal de compétitivité (ce que font les USA avec le dollar - une monnaie faible profite en effet aux exportations). Mais en Europe, plus personne ne maîtrise sa monnaie. Donc... nos trois mousquetaires de l'économie moins chère imposent des baisses de salaires. -22% pour le SMIC (de 750 à moins de 600 €/mois) et même -35% dans la fonction publique après une première baisse de 10% et -15% pour les retraites des fonctionnaires (décidément, ces planqués et fainéants de fonctionnaires, personne ne les aime...). Bien sûr, tous ces revenus seront gelés pendant 3 ans.

Les plus perspicaces d'entre vous entrevoient déjà ce qui se dessine: des salariés enfin compétitifs dont le revenu restera soumis à la pression constante d'un chômage de masse . Une nouvelle aire de précarité institutionnalisée à l'huis des pays de la zone euro.

La relance par la demande intérieure ne semble pas, de toute évidence, une option envisagée. Mais qu'importe, puisque toutes les cartes n'ont pas été encore abattues. Reste en effet à ouvrir l'économie grecque à la concurrence: on privatise quoi ! «Là est le volet croissance très important» nous dit-on. Il faut que les investisseurs étrangers puissent rentrer ajoute t-on, afin de déverrouiller les secteurs qui le sont et qui favorisent partout des rentes colossales. Il faut transformer cette économie pétrifiée par des statuts protecteurs en économie de l'offre tirée par l'investissement et particulièrement l'investissement étranger. Nous ne saurons pas pourquoi il semble si important que ce soit des investisseurs étrangers.

300 000 manifestants à Lisbonne - Portugal

Lisbonne: 300000 portugais manifestent déjà leur rejet du plan d'austérité imposé par BCE/U.E./FMI - 12 02 2012

Croyant que le plan est à présent mis en place pour opérer le renversement de tendance de l'économie grecque et tirer son peuple de la misère dans laquelle le voilà aujourd'hui plongé, une intervention de la journaliste suscite alors cette inattendue analyse: ce plan comporte un risque: que les gens retournent à l'échange de biens, au troc, en marge du système fiduciaire. Et notre économiste de reconnaître qu'il s'agit-là d'un risque très important compte tenu de l'état d'épuisement du peuple grec après 5 années de récession. Et que le cas échéant, cela risque de faire du système D le modus operandi de la société. Et de conclure: un plan cohérent du point de vue strictement économique. Mais la Grèce a une économie basée sur le tourisme et la marine marchande, une économie faiblement exportatrice. Donc le plan aura un effet à long terme mais en raison de la fatigue du peuple grec personne ne peut prédire ce qui va se passer et une sortie de l'euro n'est pas à exclure !

Il n'aura échappé à personne que le cas grec, 2% de la population européenne et 2% du PIB européen, n'est rien d'autre qu'un test grandeur nature d'une politique qui, si elle est menée à terme comme le FMI et les banquiers l'entendent, sera appliquée ensuite et rapidement à l'ensemble des pays de la zone euro.

Le monde dans lequel ils cherchent à tous prix à nous enfermer est, disent-ils, l'unique que nous puissions espérer. L'unique en mesure de répondre aux défis de toutes sortes qui se présentent déjà à nous. Il n'y a pas d'alternative. Toute autre solution serait une folie. Un mensonge. Je suis de ceux qui savent qu'il est urgent de se mettre à rêver d'un monde bâti par nous, pour nous et sans eux. Le Che disait Soyons Réalistes, Exigeons l'Impossible ! Cette exhortation m’apparait d'une incroyable actualité.

12-02-2012: Le plan d'austérité promis aux grecs clairement expliqué (France Culture - 12h30)

L'analyse en forme de conclusion que livre l'économiste Valérie Segond pourrait passer pour un point de vue isolé. Écoutons ce qu'en pense, dimanche 12 février 2012, Simos Kedikoglou, député du parti Nouvelle Démocratie qui va voter le texte à contrecœur (source France Info):

12-02-2012: Le député Simos Kedikoglou ne croit pas aux vertus du plan d'austérité qu'il va signer

Voilà bientôt 30 ans que j'entends, comme un leitmotiv, que le coût du travail est directement responsable de tous les problèmes économiques. Que la baisse du coût du travail est LA solution universelle à tous les problèmes de compétitivité. Le peuple grec est bientôt rendu à l'état d'esclavage et voilà qu'on nous explique que cette infâme austérité comporte des risques et pourrait ne pas être garante du succès au nom duquel on l'applique ! Une question me hante: quand est-ce que nous, peuple de l'humanité, allons-nous cesser de nous comporter comme des veaux ?

Mais attention, un plan de sauvetage peut en cacher un autre. Parfois deux autres...

À la lumière de tout ce qui précède, bien que persuadés de la violence de l'austérité qui s'abat sur le peuple grec, certains d'entre vous, fatalistes, ou d'autres, animés du sentiment que les grecs payent un juste prix pour leur légèreté et leurs responsabilités passées, ne sont peut-être pas encore intimement convaincus qu'une autre voie est possible, incarnée par le nouveau parti de la Gauche Démocratique. Écoutons le récit, objectivement apocalyptique, de la correspondante en Grèce de France Info, Angélique Kourounis. Et tout particulièrement la minute 4'45":

13-02-2012: Angélique Kourounis, la situation sociale grecque et le contenu de la page 20 du mémorandum

Au journal de 12h30 de France Culture, Angélique Kourounis dresse cette fois-ci l'état des lieux politique de la Grèce et détaille (minute 2'09") en particulier les propositions du parti de la Gauche Démocratique:

13-02-2012: Les propositions économiques de sortie de crise de la Gauche Démocratique (France Culture - 12H30)

Voyez comme une signature d'accord pour le plan d'austérité ne vaut pas 130 milliards

Ce qu'il faut en ce bas monde, depuis maintenant quelques temps déjà, c'est rassurer les marchés . Et dire que la tâche n'est pas aisée et qu'il faut savoir payer de sa personne, surtout lorsqu'elle se trouve être celui du peuple, est un doux euphémisme.

Le gouvernement grec a donc adopté le plan de naufrage et d'austérité du triumvirat FMI/BCE/E.U. en contrepartie du prêt de 130 milliards d'euros. Mais ceci ne constitue en fait que la première des trois conditions à remplir pour le déblocage de la somme. Comme le précise cet article sur boursorama.com, deux autres conditions préalables restent à satisfaire:

  1. «En outre, "des économies supplémentaires à hauteur de 325 millions d'euros" vont devoir être trouvées par le gouvernement grec dans le budget 2012 du pays, et ce "d'ici mercredi", a dit M. Juncker.»
  2. «Enfin, la zone euro exige que les partis de la coalition au pouvoir à Athènes apportent de "fortes garanties politiques" sur leur soutien au plan de rigueur, a-t-il précisé. "Nous voulons des engagements réels" sur les réformes qui sont menées, a souligné M. Juncker, alors que la patience des pays de la zone euro est à bout.»

La grande leçon que nous enseigne ce moment tragique de l'existence du peuple grec est que pèse sur nous tous la responsabilité historique de nous porter au secours de nos démocraties crucifiées, sous nos yeux incrédules, sur l'autel des rentes de la finance mondiale. Nous avons tout sacrifié par peur du sacrifice. Par peur du lendemain. Nous avons tout abandonné en réponse au train des peurs que nous avons bien voulu gober. Tâchons, derrière nous, de ne pas fermer, soumis, les portes de ces wagons sacrificiels.

Quand un peuple refuse d'être écrabouillé

Émeutes en Grèce Cliquer sur l'image pour lancer les vidéos
Vidéo réalisée par Mr Apolonios: www.youtube.com/user/MrApolonios

Vidéo réalisée par Mr Apolonios: www.youtube.com/user/MrApolonios

C'est une chose que d'entendre au quotidien des hommes et des femmes politiques, pour la plupart illégitimes en ce qu'ils ne sont pas des élus du peuple et au service des intérêts des puissants, affirmer, contrits, que le mal est nécessaire. Qu'il constitue l'inévitable voie d'étranglement par laquelle devra passer le redressement de l'économie. Que c'est sur le chemin de la souffrance que le peuple trouvera la voie de la prospérité. C'en est une autre que de voir un Homme, a fortiori un peuple, en proie aux tourments de l'intolérable, de l'humiliation et du désespoir. Lorsque les derniers remparts de la dignité se fissurent aux coups de boutoir d'une oligarchie financière déshumanisée en plein délire psychotique, les réactions vives ne sont plus loin:

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