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En Grèce les médicaments se paient cash
Date de publication: le samedi 28 janvier 2012 à 15h39
Dernière modification: par Pascal BOYER le lundi 30 janvier 2012 à 01h40
Je suis admiratif de l’extrême rigueur choisie par le gouvernement Papandréou qui a préféré de durs sacrifices immédiats pour sortir au plus vite son pays de la crise.
Article original publié sur InfoSud.org le 24-01-2012
Avec leur maigre pension, les personnes âgées ne peuvent même plus s’offrir les médicaments à bas prix.
Les pharmacies grecques refusent de délivrer les médicaments sur ordonnance s’ils ne sont pas payés comptant. En cause : les millions d’euros que leur doit la Sécurité sociale.
Athènes, Anke Stefan/InfoSud
La pilule est dure à avaler pour les Grecs. Depuis le début de l’année, les malades sont contraints de payer de leur poche les médicaments. Une décision qui frappe Athènes et d’autres villes du pays. Un choix difficile à prendre pour les pharmaciens, mais inévitable. «Nous ne pouvons plus continuer à accorder des crédits, même pour un jour supplémentaire», reconnaît Konstantinos Lourantos, président de l’Ordre des pharmaciens d’Attique, la région qui englobe la capitale grecque.
En manque drastique de moyens, l’Etat ne rembourse plus les apothicaires qu’au compte-gouttes. Et les délais de remboursement des prescriptions par la Sécurité sociale peuvent prendre jusqu’à une année. Au total, les impayés de l’Etat atteignent actuellement la somme vertigineuse de 350 millions d’euros. Une situation qui ne devrait pas s’améliorer. Sous la pression de la «troïka» (Commission européenne, Banque centrale européenne, FMI), le gouvernement de Lucas Papademos doit opérer des coupes drastiques dans le budget de la santé. En 2012, ce budget sera encore raboté de 6,5%.
La Grèce doit approfondir les réformes pour surmonter la crise
Accès sinistré
«Comment puis-je refuser de fournir des médicaments à une personne que je connais depuis trente ans ?» s’attriste une pharmacienne d’Athènes. Avec leur maigre pension, les personnes âgées ne peuvent même plus s’offrir les médicaments à bas prix. Une situation indécente pour la jeune femme, remontée contre le gouvernement. Au fil de la crise, le Ministère de la santé a également retiré de nombreux remèdes de la liste des médicaments pris en charge par la Sécurité sociale. Une mesure qui a surtout touché les drogues de base comme les anti-douleurs ou des remèdes contre le rhume. «Nous sommes en plein hiver et nos patients doivent désormais payer eux-mêmes presque toutes les variétés de sirop contre la toux», s’insurge la pharmacienne.
D’autres médicaments ne sont tout simplement plus disponibles. Les pharmacies n’arrivent plus à s’approvisionner auprès de leurs grossistes. «Auparavant, nous obtenions les médicaments auprès des vendeurs en gros en laissant un dépôt, confie un pharmacien de la capitale. Mais, maintenant, nous devons les payer d’avance.» Un coup dur pour les 12 000 officines qui parsèment le pays. Nombreuses sont celles qui n’arrivent plus à boucler leurs comptes.
Une pénurie accentuée par la politique du gouvernement grec. Depuis 2010, Athènes a décidé de baisser le prix des médicaments de 20% dans le cadre de mesures d’économies. Ainsi, les grossistes préfèrent exporter leurs produits dans d’autres pays européens pour en obtenir un meilleur prix. Et, de leur côté les laboratoires pharmaceutiques qui voient fondre leurs bénéfices ne se pressent pas pour remplir les étals. Selon l’Association panhellénique des pharmaciens, près de la moitié des 500 médicaments les plus utilisés dans le pays seraient actuellement en pénurie.
Roche réduit
En septembre dernier, le laboratoire pharmaceutique suisse Roche, premier fournisseur de médicaments en Grèce, a même décidé de ne plus satisfaire les demandes de certains hôpitaux. «Certains ne paient pas leurs factures depuis trois ou quatre ans», a expliqué Severin Schwan, le directeur de Roche, interrogé par le Wall Street Journal. Un problème qui ne touche pas seulement le laboratoire helvétique. Selon l’Association grecque des entreprises pharmaceutiques (SFEE), les hôpitaux publics du pays avaient, au 30 juin 2011, réglé seulement 37% des 1,9 milliard d’euros de médicaments délivrés depuis dix-huit mois.
Alors qu’une nouvelle loi dans le domaine de la santé est discutée au parlement, les médecins et les pharmaciens grecs sont descendus en début d’année dans la rue pour dénoncer leur situation précaire et les mesures d’austérité envisagées par le gouvernement, soit une baisse prévue de leurs marges de 18 à 15%. «Il faut que l’Etat fixe une date pour régler non seulement les anciennes dettes, mais aussi pour les dépenses à venir. Sans cela, nous allons continuer à manifester», prévient Konstantinos Lourantos.
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