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Katrina : un ouragan de dénie de démocratie et de racisme anti-noir

Date de publication: le lundi 24 mars 2008 à 15h13
Dernière modification: par Pascal BOYER le mercredi 26 mars 2008 à 13h29

Katrina : le racisme est un monstre tapi aux Etats-Unis

qui gronde en France...

Document original : article publié sur le site paris.indymedia.org le samedi 9 septembre 2006

L'Américain Stanley Greene (agence Vu) a 57 ans et une longue carrière de photographe de guerre. Il s'est fait connaître par ses visions hantées de la Tchétchénie, où il est allé plus de vingt fois. Au festival Visa pour l'image, il présente une exposition consacrée à l'Irak et un travail collectif sur l'ouragan Katrina. Deux sujets autour de l'Amérique, qu'il a quittée il y a vingt ans.

Ce travail sur Katrina est-il un retour aux sources ?

Ça m'a donné l'opportunité de consacrer un sujet à mon pays. Et c'est un retour aux sources aussi parce que ce travail se rapproche beaucoup de celui des photographes de la FSA avec Walker Evans, dans les années 1930.

Ce sujet collectif met l'accent sur le racisme. Pourquoi ? Katrina a servi de révélateur au racisme généralisé des Etats-Unis. Je l'ai vécu moi-même ! Nous occupions une maison louée par le magazine Time. J'étais le seul Noir parmi les journalistes. La police nous a harcelés. Un policier blanc a demandé à tout le monde ses papiers. Sauf à moi : il m'a plaqué contre le mur, presque nu, devant mes collègues embarrassés. Si je lui avais ouvert la porte, il m'aurait mis une balle dans la tête. Il disait : "Ce type n'est pas journaliste, je le sais."

Ce sujet vous tient à cœur ?

Mon père appartenait au mouvement Harlem Renaissance et a défendu bien d'autres causes, il a été mis sur liste noire à cause de ses sympathies communistes. Moi, j'ai milité pour les droits civiques. Le racisme aux Etats-Unis est un monstre tapi qui se réveille à la moindre occasion. Le Ku Klux Klan sévissait dans le Sud il n'y a pas si longtemps. Comme par hasard, dans les quartiers blancs, les supermarchés ont été ouverts aux gens, par solidarité. Dans les quartiers noirs, on a mis des gardes pour les empêcher de rentrer !

Pourquoi faire un travail collectif avec Thomas Dworzak, Paolo Pellegrin et Kadir van Lohuizen ?

On a chacun notre personnalité, on se connaît depuis longtemps. Ce travail est une jam-session, sauf qu'il s'agit de musique visuelle. Ça donne une image plus variée, complète de la réalité. Le tout est construit comme un film de cinéma : l'ordre, la présentation, les légendes sont très contrôlés. C'est important pour raconter une histoire. Nous avons choisi une accumulation d'images, sans légendes.

Pourquoi y être revenu ?

Pour mettre à jour le cynisme. On retrouve les mêmes personnes dans la même merde. Le but n'est pas de faire revenir les gens, mais de faire de La Nouvelle-Orléans une ville blanche et lucrative. Cette ville a été créée par des esclaves, contrairement à Baton Rouge (Louisiane), fondée par les Confédérés. Beaucoup d'Américains voient La Nouvelle-Orléans comme un lieu de péché. Pour eux, les inondations sont un moyen de se débarrasser de la prostitution, du crime et de la drogue, et de favoriser les investissements. D'où ces images de pancartes avec des annonces immobilières. Des investisseurs recherchent partout les propriétaires des maisons détruites. Qu'ils rachètent pour 10 000 dollars. Katrina est la plus grande opération de spoliation de tous les temps.

Comment avez-vous travaillé ?

La ville était pleine de barrages, du FBI, de la police. Sans compter les services de sécurité privés, comme Black Water, qui nous empêchaient d'entrer dans le Renaissance Village, un des quartiers les plus pauvres, les plus sinistrés, les plus visés par la spéculation immobilière. Ces gens tirent sans sommation ! Ironiquement, la même compagnie opère en Irak pour le compte d'Haliburton, la société de Rumsfeld. Ce sont les cadavres de deux employés de Black Water que j'ai photographiés à Falloujah.

Que vous attendiez-vous à trouver en Irak en 2004 ?

Un an après l'opération "Tempête du désert", la coalition était censée mettre en place la démocratie. Mais, à Falloujah, on n'a vu que cette haine en train de bouillir. Tuer quelqu'un avec un fusil, c'est une chose. Mais l'empêcher de sortir de sa voiture après un attentat pour qu'il crame, puis pendre son cadavre à un pont... Il y a quelque chose qui s'est brisé chez moi.

Là aussi, vous êtes revenu plus tard.

Il me fallait suivre aussi le côté américain pour montrer que le fanatisme est des deux côtés. Allah Akhbar, God bless you : il n'y a pas tant de différence. La religion est une bonne chose quand elle sert de code moral, pas quand elle est utilisée pour commettre des crimes.

Vous avez un discours et des photos très engagés. Que faites-vous de l'objectivité du photojournaliste ?

Je ne suis pas objectif. Je montre ce qui se passe, de façon humaine, avec mon point de vue. J'essaie de transmettre ma colère, mes questions. Mais je ne fais pas de la propagande, je ne fais pas mentir les images. Je montre les deux vérités, et je donne à voir les victimes.

Katrina : description de l'ouragan

L'ouragan Katrina est un des ouragans les plus puissants à avoir frappé les États-Unis et surtout l'un des plus étendus (rayon de plus de 650 km dont 190 de vents de force cyclonique et 340 de tempête tropicale). Il a atteint les côtes à proximité de La Nouvelle-Orléans et de Biloxi le 29 août 2005 vers 11 heures, heure locale, évitant partiellement la ville de La Nouvelle-Orléans en bifurquant au dernier moment vers l'est. Son œil est large de 40 kilomètres et ses vents ont pu atteindre 280 km/h. L'évacuation de la ville a été tentée en raison des risques de submersion d'une partie de la ville, bâti sous le niveau de la mer. Au large, des vagues de 11 mètres ont pu être observées. Le 28 au soir, Katrina avait déjà fait 9 morts. Après le passage de l'ouragan, on trouva plusieurs États des États-Unis sous les eaux. Katrina a ainsi plongé la Louisiane et La Nouvelle-Orléans dans la désolation tandis que quelques pillards profitent de la désorganisation des forces de l'ordre. Cet ouragan a causé près de 1 500 victimes dont environ un millier directement.

Pour en savoir plus, vous pouvez poursuivre la lecture sur l' article que lui consacre l'encyclopédie Wikipédia.

Katrina : requiem en 4 actes du réalisateur Spike Lee

Les quatre articles de cette rubrique (voir ci-dessous) présentent, chacun, un acte de l'oeuvre de Spike Lee

Article original: publié par Van le 10.09.07 sur le site tele.fluctuat.net

Le réalisateur américain Spike Lee a réalisé pour la télé Américaines HBO un documentaire en quatre parties - un an de tournage - sur l'ouragan Katrina et le scandale politique qu'a été le manque de réaction du gouvernement américain et des secours après la catastrophe.

Avec force témoignages et images d'archives, Spike Lee raconte les heures qui ont précédé et suivi l'ouragan, la ville dévastée, les victimes qui, deux ans plus tard, sont toujours livrées à leur sort. Véritable réquisitoire contre l'administration Bush, accusée de s'être désintéressée du sujet en raison des catégories de population que la catastrophe a touchées, ce documentaire de quatre heures est sans appel. 1417 personnes sont mortes, des milliers d'autres blessées, un million de réfugiés qui, la plupart, ne rentreront jamais chez eux, et une ville fantôme qui ne s'en remettra jamais. Katrina, le jour où les Américains ont enfin réalisé qu'ils étaient dirigés par de dangereux bons à rien ?

"Le gouvernement était parfaitement informé qu'une catastrophe se préparait et que les digues, jugées depuis longtemps défectueuses, risquaient de s'effondrer. Si Bush n'a pas réagi comme il aurait dû, c'est parce que, dans son esprit, les principales victimes de la tragédie étaient des gens de peu sur le plan social et, bien entendu, racial. Des Noirs, des latinos, dont il se désintéressait totalement." C'est le témoignage de l'acteur Harry Belafonte (cité par TéléObs).

Article original: TF1 le 17/08/2006

"Ce qui s'est passé ici est un acte criminel". Spike Lee n'a jamais fait dans la langue de bois. Et ce n'est pas avec son nouveau documentaire When the levee broke : a Requiem in four acts ( Quand les digues cèdent : un requiem en quatre actes) qu'il a l'intention de commencer.
Le réalisateur de Malcom X a ainsi profité de la présentation de son film - qui sera diffusé prochainement sur la chaîne câblée américaine HBO- pour dénoncer l'attitude des autorités américaines lors du passage de Katrina sur La Nouvelle-Orléans. "J'aimerais voir quelqu'un mis en prison", a-t-il notamment lancé, en affirmant que la population noire de la ville a été volontairement sacrifiée par des responsables politiques.

Bush en ligne de mire

Le cinéaste, qui a effectué neuf séjours sur place, donne notamment la parole à plus d'une centaine d'habitants des zones pauvres inondées. Ces témoins indiquent que certaines digues ont été volontairement dynamitées pour empêcher que des quartiers résidentiels, majoritairement peuplés de Blancs, ne soient inondés. Même si cette thèse a depuis été contredite par des experts, Spike Lee maintient sa version. "En tant que Noir américain de ce pays, je pense que le gouvernement est capable de tout. En tant que réalisateur, pourquoi devrais-je revoir au montage les déclarations de gens qui jurent sur la Bible qu'ils ont entendu une explosion ?", explique-t-il. "C'est à vous de vous forger une opinion", conclut-il.

Parmi les personnalités pointées du doigt, figurent le responsable des services de secours d'urgence (Fema), Michael Brown, et le président George W. Bush dont beaucoup estiment qu'il a réagi trop tardivement et trop faiblement.

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