Table des matières
- Économie
- Crédit Coopératif et La NEF : banques citoyennes et éthiques
- Quand les institutions financières européennes volent les irlandais
- Allemagne: le coût social des réformes économiques
- Coût et réalité sociaux de la réussite économique de l'Allemagne
Divorcer d'avec son banquier, un acte qui fait sens
Date de publication: le jeudi 22 décembre 2011 à 22h36
Dernière modification: par Pascal BOYER le mercredi 25 janvier 2012 à 12h21
Les journaux regorgent d’histoires de braves gens pris en otages à la banque par des gangsters, mais ils restent muets sur les cas, pourtant plus fréquents, de clients pris en otages pas leur banquier
À la question de savoir s'il est encore justifié de ne pas se séparer de son banquier, je réponds sans doute aucun par la négative. Alors que de nombreux indices macro-économiques et sociétaux légitimaient depuis longtemps de porter le soupçon sur l'activité des banquiers, plus rien ne vient aujourd'hui s'opposer à une condamnation forte de leurs agissements.
Je note en passant qu'il est véritablement important de rompre avec l'habitude d'employer le terme banques pour systématiquement lui préférer celui de banquiers. L'impact (in)conscient de cette rectification sémantique permet de glisser d'une immunité et d'une impunité de fait d'un bâtiment à une responsabilité tangible de dirigeants de chair et d'os auxquels il devient, par voie de conséquence, envisageable d'opposer le droit pénal. Il en va de même lorsque l'on désigne la finance internationale comme instigatrice de la profonde crise économique que traverse l'humanité. La finance internationale n'est responsable de rien au contraire de ceux qui la pensent, l'élaborent et l'appliquent pour le plus grand préjudice de l'humanité. La sémantique n'est pas un détail. Elle est l'arme secrète des sophistes, de ceux qui manipulent la langue de bois et de ceux qui souhaitent se soustraire, leurs méfaits commis, à leurs responsabilités.
Pour en revenir à l'activité des banquiers, ce sont les risques inconsidérés pris avec nos épargnes qu'il faut dénoncer. Il n'est plus possible d'attendre pour demander, voire imposer aux banques la séparation de leurs activités commerciales (qui en font des banques d'affaires) de leur activité traditionnelle de banques de dépôt. Les premières seraient alors financées par des fonds privés dont les détenteurs supporteraient l'entière responsabilité des conséquences de leurs jeux spéculatifs sans qu'il leur soit jamais possible de recourir aux deniers publics pour les renflouer en cas de faillite ou de pertes. Ces détenteurs joueraient avec leur argent et perdraient leur argent. Les secondes, quant à elles, rempliraient enfin à nouveau complètement leur rôle de soutien de l'économie réelle.
Il m'apparaît cependant incroyable qu'aucune mesure réellement coercitive n'ait été prise, au moins à l'échelle européenne, pour prohiber purement et simplement toute activité spéculative des banques. Chaque jour, 95 à 97% des sommes transitant sur les marchés sont d'origine spéculative. Et contrairement à ce que veulent nous faire accroire les disciples du libéralisme, le bilan de 30 années de dérégulation économique est en train de se révéler catastrophique pour l'humanité et notre planète terre. Ne peuvent se réjouir de l'enrichissement accumulé par une infinitésimale fraction de l'humanité que ceux n'ayant que mépris pour leurs propres descendants et pour les générations à venir, que ceux qui ont érigé ce mot de Madame de Pompadour, après nous le déluge, en principe de vie.
«Le vrai Conseiller spécial de Sarkozy, c’est le patron de BNP Paribas»
Cette confidence d'Henri Guaino, conseiller spécial et plume de Nicolas Sarkozy depuis 2007, à l'économiste Pierre Larrouturou exprime sans détour non seulement l'étroitesse des liens à l’œuvre au plus haut niveau entre pouvoir et lobby financier mais également la prééminence de l'économie sur tout autre secteur.
Ces chiffres qui donnent le tournis
Il n'aura échappé à personne qu'attendre des banquiers un comportement responsable à même de répondre aux exigences et défis de nos sociétés est illusoire. L'ampleur des enjeux financiers sont tels qu'il est presque improbable qu'ils renoncent de plein gré à poursuivre des activités spéculatives à l'origine de fortunes amassées incommensurables. Selon le classement de mars 2011 du magazine américain Forbes , les 1210 milliardaires vivants en 2010 cumulaient la somme stratosphérique de 4 500 000 000 000 dollars (quatre mille cinq cent milliards de dollars ! soit trois mille quatre cent soixante et un milliards d'euros pour une parité euro/dollar de 1.30). Pour bien fixer les idées: 1210 personnes représentent respectivement 0.0019% et 0.0015% de la population française et allemande. Dans le même temps, en 2010, le PIB de la France s'élève à 2 555 milliards de dollars et celui de l'Allemagne à 3 306 milliards de dollars. Résumons:
- L'équivalent de 0.0019% de la population française détient un capital 1,761 fois supérieure à la richesse totale produite par la France, 5eme puissance économique du monde et forte de 65 millions d'individus.
- L'équivalent de 0.0015% de la population allemande détient un capital 1,361 fois supérieure à la richesse totale produite par l'Allemagne, 4eme puissance économique du monde et forte de 82 millions d'individus.
- Il faut réunir les populations italienne et française (125 millions d'habitants) et le PIB des deux pays (respectivement 2 052 et 2 555 milliards de dollars) pour égaler la richesse de ces 1210 milliardaires (0.001% de 125 000 000 - l'Italie est la 7eme économie du monde en 2010)
- En 2005 et selon la Banque Mondiale (rapport 2008) plus de 3 milliards d'habitants vivaient avec moins de 2.5 $/jour (moins de 75$/mois).
- La litanie des chiffres de la pauvreté est sans fin. Mais il n'en demeure pas moins important d'avoir des points de repères. Pour cela, vous pouvez consulter ces documents:
Peu importe la rigueur de la comparaison des chiffres à laquelle je me livre (points 1 à 3). Ils donnent en tout état de cause, tout comme les documents mis en lien ci-dessus, une indication incontestable du degré absurde d'inégalité auquel nous sommes parvenu en terme de répartition des richesses à l'échelle mondiale.
L'information que je vous propose d'écouter illustre parfaitement la perte totale de contact du monde de la finance avec la réalité. Comment ose-t-on refuser l'aide à un peuple qui souffre dans de telle proportions au prétexte que la rigueur qui le plonge chaque jour un peu plus dans la misère est jugée trop laxiste ?!
24 01 2012: les efforts consentis par le peuple grec ne convainquent pas encore...
Ces villes et régions qui nous montrent l'exemple
Face à une telle boulimie pécuniaire, le talon d’Achille est évidemment l'argent. C'est d'ailleurs ce qu'a fort bien compris l'économiste Pierre Larrouturou , conseiller régional d'Ile-de-France (Hauts-de-Seine) depuis mars 2010. À sa proposition que la région ne contracte plus aucun emprunt auprès de banques disposant de filiales dans les paradis fiscaux (dont le volume d'affaire à doublé depuis qu'un certain s'est, en 2008, engagé avec force à moraliser l'économie), la première réaction de ses collègues fût de lui opposer le droit européen. Trois mois de recherche plus tard, pas une ligne de ce soi-disant droit n'avait put été être exhumée. Le 17 juin 2010 sa proposition est entérinée en séance plénière. Mieux. Elle fait depuis des émules auprès de nombreux gestionnaires élus de leur commune. Voilà exactement le type de comportement pacifique qui multiplié par le plus grand nombre obligera les banquiers à modifier d'eux-mêmes leurs attitudes. Un banquier à qui on retire nos deniers se change en fiction, en concept.
- Lutte contre les paradis fiscaux : l’initiative de la Région
- 1ère Carte de France des régions engagées contre les paradis fiscaux
Notre responsabilité de citoyens adultes en jeu
Cet exemple des communes et régions françaises, qui égraine jusque hors de nos frontières, doit nous servir de point d'appui pour nous encourager à agir dans le même sens en refusant plus longtemps d'être clients de banques se livrant avec notre argent à la spéculation et/ou refusant de séparer leurs activités spéculatives de banques commerciales de leur métier de banques de dépôt. Une fuite massive de clients vers des banques coopératives, éthiques et citoyennes enverrait un signal certain aux banquiers qui n'auraient alors d'autre choix que de s'astreindre à satisfaire nos attentes.
Dans une société marchande, consumériste où la valeur ultime est l'argent, il est évident que la masse des consommateurs constitue le rouage central, l'élément vital, vertébral du système. Que nous fassions défaut, nous, citoyens consommateurs, par un moyen ou par un autre, et tout l'édifice s'effondre. L'hyper individualisme qui caractérise nos sociétés libérales doit être perçu comme un rempart habilement distillé destiné à prévenir toute organisation de masse prompte à s'élever contre les politiques économiques, sociales et environnementales dévastatrices appliquées à l'échelle planétaire. Il est urgent que nous prenions conscience que la force d'action est bien évidemment de notre côté. Il est urgent que nous prenions conscience que les banquiers, aidés de leurs affidés, ont réussi à renverser le rapport de force et à nous faire croire que nous sommes leurs obligés quand ils devraient être bien évidemment les serviteurs de l'intérêt général.
Mais ne nous y trompons pas: nous sommes en grande partie responsables, et qui sait, peut-être même en partie coupables de cet état de fait. Trop souvent nous démissionnons des obligations et devoirs qui nous incombent et invoquons trop confortablement de fallacieuses raisons pour justifier à nos propres yeux nos petites lâchetés. Quand bien même tout est fait pour nous amener à renoncer à exercer nos obligations, nous devons nous souvenir que nous devons prétendre, sans jamais fléchir ni faillir, être des adultes debout. Or il faut l'admettre, nous nous comportons globalement (c'est à dire à l'échelle sociétale) comme des personnes renonçant à toute participation active à l'organisation politique de la société. Nous voilà gagnés par un étiolement, une langueur d'où procède notre grande difficulté à investir le champ de l'action collective et à croire en ses vertus. Dès lors, il apparaît, pour le moins délicat, irresponsable et inconséquent d'endosser les habits de la victime de prédateurs auxquels on aura laissé toute licence d'action.
La démocratie, comme la tyrannie, ne souffre aucun relâchement de participation de la part de ceux qui prétendent y accéder et en jouir. Les révoltes dites du Printemps arabe nous le rappellent sans cesse.
La démocratie est un combat sans fin contre ceux qui souhaitent la bâillonner.
Aujourd'hui, le bâillon chaque jour se resserre et la démocratie chaque jour un peu plus se perd.
Quelques liens pour bien karcheriser votre banquier
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