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Économie : comprendre l'argent, les dettes et les crises

Table des matières

  1. Économie : comprendre l'argent, les dettes et les crises
  2. Économistes à écouter et réécouter
  3. L'origine de la dette
  4. Paul Grignon : l'argent dette et les promesses chimériques
  5. Pourquoi faut-il que les Etats payent 600 fois plus que les banques ?
  6. Étienne Chouard
  7. Pierre Larrouturou
  8. Frédéric Lordon
  9. Bernard Friot : soyons subversifs !

Paul Grignon : l'argent dette et les promesses chimériques

Date de publication: le mardi 3 janvier 2012 à 15h08
Dernière modification: par Pascal BOYER le vendredi 6 janvier 2012 à 20h08

Transcription de Money as Debt II - Promises Unleashed

Quand le dernier arbre sera abattu,
La dernière rivière empoisonnée,
Le dernier poisson pêché,
Alors vous découvrirez
Que l’argent ne se mange pas.

Proverbe cree - Indiens du Canada

Je vous propose ci-dessous la transcription complète de la bande sonore de la vidéo L'argent dette 2 - Promesses chimériques de Paul Grignon (titre original: Money as Debt II - Promises Unleashed). Il m'est apparu intéressant et surtout pratique de disposer d'une version texte du document vidéo car il permet de contourner la difficulté à réfléchir aux idées énoncées qui s'enchaînent rapidement.

Présentation

Le travail de l'auteur, pour ce que j'en sais, est constitué pour l'essentiel de 3 documentaires vidéo:

  1. L'argent dette
  2. L'argent dette révisé
  3. L'argent dette II - Promesses chimériques

portant sur le système monétaire contemporain et sur les conséquences à attendre (mais peut-être sommes nous déjà touchés par celles-ci) de ses failles et travers consubstantiels, innés voire originels. Ces trois documentaires à visée pédagogique s'adressent en particulier à celles et ceux souhaitant entamer un travail de compréhension du fondement même de la société capitaliste, à savoir le système d'échange de biens. Sont abordés l'origine de la monnaie, la création de la monnaie, le fonctionnement des prêts bancaires, l'usage des intérêts, le pouvoir des banques, les enjeux des dettes, etc. 

Avant de visionner le document, je ne saurais trop vous conseiller de lire la page Wikipedia consacrée au travail de Paul Grignon. Vous y trouverez des détails sur l'historique de son travail, sur l'accueil médiatique qu'il a suscité et ses conséquences et, comme bien souvent avec Wikipedia, de nombreux liens en rapports avec le sujet traité.
Je mets d'ailleurs à votre disposition, en plus des vidéos 2 et 3, la vidéo de l'émission Arrêt sur image (@si) consacrée à la première version du document L'argent dette et vous propose de consulter les deux pages du site de l'émission également consacrées au décryptage de la première mouture du document:

Quand bien même il pourrait être reproché aux documentaires L'argent dette révisé et L'argent dette II - Promesses chimériques de manquer sur certains points de rigueur, de n'être pas absolument dans le vrai sur d'autres ou encore de présenter des lacunes, je leur reconnais à minima deux indéniables qualités: celle d'être, d'une part, et malgré tout, une véritable source d'information et de susciter la curiosité pour un domaine qui bien souvent reste abscons à la plupart d'entre nous et de permettre, d'autre part, de poser des mots sur des maux dont on ressent incontestablement les effets mais dont il nous est très difficile d'identifier avec précision l'origine et donc presque impossible de penser des réponses. Or comme l'exprime avec force Bernard Friot, le mécontentement associé au sentiment d'impuissance sont le lit de l'extrême droite.
Voilà donc deux documents que je recommande vivement comme base de travail ou de réflexion sur un domaine dont, je le soupçonne fort, on prend bien soin de nous tenir éloignés car enfin, comment expliquer à l'humanité que le modèle économique tant vanté et souhaité pour l'organisation sociale mondiale repose sur du vent ?

L'argent dette II – Promesses chimériques (2009)

«Si les deux parties en présence n'étaient pas une banque et un individu - mais deux individus - ces deux individus ne pourraient pas provoquer l'inflation de l'argent en circulation au moyen d'un simple prêt, pour la bonne raison que le prêteur ne pourrait pas prêter de l'argent s'il n'en a pas - alors que les banques ont ce pouvoir... Seules les banques commerciales et les sociétés de fiducie peuvent prêter de l'argent qu'elles fabriquent par le processus de prêt.» - Extrait de 100% Money (1935), du professeur Irving Fisher( 1 ) (1867-1947), économiste.

«De tous les secteurs de l'économie, l'étude de l'argent est celui où la complexité du système sert le plus à déguiser la vérité, à la dissimuler, au lieu de l'exposer.» - John Kenneth Galbraith( 2 ), économiste et auteur.

«Le problème qui a été esquivé à travers les siècles, et pour lequel il faudra se battre tôt ou tard, c'est le conflit qui oppose le peuple aux banques.» - Lord Acton( 3 ) (1834-1902), Historien anglais.

Ha ! Vous n'avez peut-être pas gardé un souvenir aussi bon de votre premier dépôt à la banque ?

Cliquer sur l'image pour lancer les vidéos
Réalisée par Paul Grignon en Décembre 2009
Ce documentaire, qui est une révision d'une première version, prend en compte un certain nombre de critiques faites par la communauté internationale des personnes ayant visionné la version originale.

Réalisée par Paul Grignon

@si de Daniel Schneidermann
Cori, Delaigue, Gunthert, dissèquent la version initiale du film «L'argent dette» de Paul GRIGNON.
Tenant compte des critiques exprimées sur la blogosphère à l'encontre de son travail, Paul GRIGNON réalisera une seconde version de «L'argent dette»

Mais il y a de fortes chances pour que bien des années après vous parliez encore de l'argent dans votre compte bancaire comme étant votre argent. Mais ce n'est pas le votre. Si nous avons un coffre bancaire, les titres et les objets de valeur que nous y déposons sont bien à nous. Nous louons un espace sécuritaire à la banque pour les déposer. Dans le langage courant, le terme déposer veut tout simplement dire poser quelque chose qu'on porte. Mais utiliser le terme déposer pour parler d'un compte bancaire c'est tout à fait trompeur. En réalité, un dépôt bancaire c'est un prêt consenti à la banque. En fait, le solde de notre compte bancaire indique le montant d'argent que la banque nous doit. Il représente une promesse de paiement faite par la banque et non pas de l'argent liquide bien réel que nous aurions déposé. La différence est considérable. (04"08')

Quand nous confions notre argent à la caissière de la banque, notre argent devient celui de la banque qui peut en faire ce qu'elle veut. Tout l'argent déposé à la banque est l'argent de la banque. Il n'est plus à nous. C'est pourquoi la banque nous paye des intérêts. Nous avons prêté notre argent à la banque. La distinction peut sembler sémantique car nous savons que nous pouvons aller à la banque n'importe quand pour retirer notre argent en espèce. Mais la distinction est cruciale.

Les opérations financières du système bancaire concernent tout le monde. Et pourtant, la plupart d'entre nous ignore tout du fonctionnement de ce système. Il faut savoir que l'économie mondiale actuelle repose sur un système de crédits fournis par les banques. Quand ce système s'effondre, tout le monde en subi les conséquences.

Le pire, c'est que les explications des spécialistes sur l'effondrement du système ne nous révèlent jamais les causes profondes du mal. Ils ne nous disent jamais que l'argent liquide ne représente que de 1 à 5% de l'argent en circulation et que tout le reste de l'argent a été créé en tant que principal de prêts bancaires pour lesquels la banque exige le remboursement du principal + des intérêts.

Avec ce processus, l'existence de l'argent dépend complètement de l'existence du crédit bancaire. Et dès le départ, le système est voué à la faillite. Intentionnellement. Car le total du débit est supérieur au total des crédits. Dès la signature du premier prêt.

Mais maintenant que le système bancaire mondial est à deux pas de l'abîme, de plus en plus de gens se disent qu'ils ne peuvent plus ignorer la réalité actuelle. Beaucoup ont perdu leur maison et leur emploi. Uniquement à cause du jeu intenable des prêteurs. Il est temps que nous comprenions le fonctionnement du système monétaire. Et surtout, le besoin pressant de le modifier radicalement. (06"32')

Clarifier les termes utilisés par le système constitue la toute première étape.

Maintenant que nous comprenons qu'un dépôt est en vérité un prêt consenti à la banque, la question suivante se pose:

En quoi consiste un prêt consenti par la banque ?

Quand nous signons un accord de prêt, nous nous engageons auprès de la banque à payer le montant du prêt plus des intérêts. En retour, la banque crédite notre compte du montant de ce soi-disant prêt. Nous disons alors que la banque a versé l'argent du prêt à notre compte. Mais en réalité, la seule chose que la banque a faite, c'est de promettre de verser cet argent. Il y a simplement eu un échange de promesses. Aucune des parties n'a donné quoi que ce soit de concret à l'autre. Toutes les deux ont fait des reconnaissance de dettes équivalentes.

Alors, qui est vraiment l'emprunteur et qui est le prêteur ?

Les termes prêt, préteur et emprunteur sont tous trompeurs.

En échangeant des promesses de paiement, les deux parties ont créé un crédit bancaire ou de l'argent scriptural, c'est à dire des chiffres inscrits dans un compte bancaire.

Nous pouvons dépenser ces crédits bancaires car chaque fois que nous faisons un dépôt à notre compte, notre compte augmente. Nous présumons donc tout naturellement que de l'argent a vraiment été déposé. En réalité, à moins de déposer quelque chose de concret dans ce compte, il restera vide. Un crédit bancaire ne représente qu'une promesse de payer et non pas de l'argent bien réel. Une promesse indique toujours l'absence de l'élément promis. Sinon, il n'y aurait pas besoin de promesse.

Alors, comme tous les comptes bancaires ne sont que des promesses de paiement, la banque et l'emprunteur échangent tout simplement des promesses. Du coup, avec quelques chiffres entrés sur un clavier, un solde positif apparaît dans le compte bancaire de l'emprunteur. Sans que personne n'ait déposé le moindre argent réel dans ce compte.

Vous savez maintenant ce qu'est vraiment un prêt bancaire.

«Les banques commerciales créent de l'argent de comptes bancaires chaque fois qu'elles consentent un prêt, tout simplement en inscrivant de nouveaux dollars dans leurs livres, en échange d'une reconnaissance de dette de l'emprunteur.» - Banque de la Réserve fédérale de New York – I Bet You Thought, p. 19 ( 4 )

Quelle différence y a t-il entre ce processus de création de l'argent et celui utilisé par des faux monnayeurs qui créent de l'argent avec une planche à billet ? Nous savons tous que les faux monnayeurs commettent une fraude. En imprimant de faux billets de 100 dollars ils créent de l'argent nouveau à partir de rien.

Dans la vie, l'argent nous donne le pouvoir d'acheter des biens et des services bien réels. Ici, il est clair que les faux monnayeurs ont créé un pouvoir d'achat pour de vrais biens et de vrais services sans rien avoir donné en échange. Sauf des morceaux de papier sans valeur. Les faux monnayeurs obtiennent donc quelque chose pour rien au dépend des malheureux qui se laissent berner par leurs faux billets. Si les faux billets passent inaperçus, ils déprécient la masse monétaire globale et tout le monde y perd. La contrefaçon des billets est un crime majeur. C'est le non respect d'une entente sociale fondamentale disant «Tu ne voleras pas».

Mais quand la banque accorde un prêt, elle crée aussi un nouveau pouvoir d'achat. La différence, c'est qu'au lieu d'être une forme de vol, cette création d'argent est le fondement de tout notre système monétaire.

«Les banques prêtent en créant du crédit. Elles créent les moyens de paiement à partir de rien.» - Ralph M. Hawtrey( 5 ), 1879-1975 Ancien secrétaire du Trésor Britannique.

Alors comment se fait-il que la création de l'argent à partir de rien est un crime dans le premier cas mais qu'elle est une pratique commerciale standard par laquelle est créé presque tout l'argent du monde dans l'autre cas ?

Pour répondre à cette question, il faut se pencher sur l'historique des lois qui régissent le commerce. Mais auparavant, essayons de comprendre la logique qui sous-tend tout le processus de prêt. (11"25')

Anatomie d'un prêt

Le motif

L'emprunteur veut faire un achat mais il n'a pas d'argent pour le faire à présent. Par contre, il est certain d'avoir assez d'argent à l'avenir pour payer à la fois son achat et les intérêts sur un prêt. Alors l'emprunteur va à la banque pour demander un prêt. Il peut faire une promesse tout à fait crédible d'avoir de l'argent à l'avenir. Mais maintenant il a les poches vides et c'est bien pourquoi il a besoin d'un prêt.

La méthode

Nous savons tous ce qui se passe ensuite. La banque demande à l'emprunteur de signer un accord par lequel il s'engage à payer à la banque le montant du prêt + les intérêts. En cas de défaut de paiement, l'emprunteur s'engage à céder à la banque ce qu'il a acheté avec le prêt.

Chaque jour dans le monde ce processus se répète un nombre infini de fois. Mais il pose un problème: (12"30')

Peut-il promettre en garantie quelque chose dont il n'est pas encore propriétaire ?

Si je veux vous emprunter 10 000$ pour partir en croisière en Europe, est-ce que vous allez accepter l'auto de mon voisin comme garantie ? Bien sûr que non ! Vous savez parfaitement que je n'ai pas légalement le droit de vous donner l'auto de mon voisin. Mais si je promets d'acheter l'auto de mon voisin, avec 10 000$ que vous me prêtez, c'est différent. Vous risquez d'accepter de me prêter ces 10 000$ pensant que je vais acheter l'auto et la donner en garantie du prêt une fois que j'en serai légalement propriétaire. Mais tant que la transaction n'est pas conclu, votre prêt de 10 000$ ne peut pas être garanti par le titre de propriété de cette auto.

Le problème posé par cette suite d'événements est facile à éviter. Vous pourriez acheter l'auto et puis me la vendre. La banque pourrait faire de même.

Si l'emprunteur promet à la banque d'acheter quelque chose, pourquoi est-ce que la banque n'achète pas ce quelque chose avec son argent pour le revendre à l'emprunteur qui remboursera avec des intérêts ? La réponse est simple: c'est parce que la banque, comme l'emprunteur, a les poches vides quand elle effectue la transaction.

Le rôle de la banque lors d'un soi-disant accord de prêt, c'est de créer un compte pour l'emprunteur. En vérité, le soi-disant emprunteur a financé son propre compte en s'engageant frauduleusement à donner en garantie une auto qui n'est pas encore à lui. Et la banque qui est le prétendu prêteur n'a pas avancé d'argent. Si tout se passe bien, elle n'aura jamais à le faire. (14"30')

L'acceptation de la fraude

L'emprunteur croit que le nouveau solde dans son compte représente son argent à la banque. Comme la plupart de nous, il ne comprend pas la différence entre l'argent et la promesse d'argent. S'il peut faire son achat dans un cas comme dans l'autre, après tout, qu'elle importance ?

La question maintenant est donc de savoir si la vendeuse de l'item acceptera la promesse de paiement de la banque ?

Bien sûr, dans certains cas, celui ou celle qui vend voudra de l'argent en liquide mais la vendeuse acceptera probablement un chèque ou un transfert électronique de la banque de l'acheteur. Pourquoi ? Parce que la vendeuse sait par expérience qu'elle peut déposer ce chèque à sa banque. Et le solde de son compte augmentera en conséquence. Et ensuite ? (15"30')

Équilibrer les promesses

La banque de l'acheteur doit maintenant le montant du prêt à la banque de la vendeuse. Alors vous pensez peut-être que cet argent va bel et bien être transféré. Mais la promesse de paiement faite à l'emprunteur par sa banque a simplement été transformée par cette transaction: c'est devenu une promesse de paiement faite par cette banque à la banque de la vendeuse.

Mais la banque de l'acheteur doit transférer une partie de l'argent à la banque de la vendeuse, non ? Oui... Probablement. Mais une toute, toute petite partie. Et à long terme, aussi longtemps que la banque obtient suffisamment de dépôts, le montant net de l'argent existant dont la banque aura besoin pour couvrir ses prêts, peut théoriquement être de zéro. (16"30')

Comment ?

Imaginons tout d'abord que la vendeuse a son compte bancaire dans la même banque que l'acheteur. Elle dépose le chèque de l'acheteur dans son compte à elle. La banque a une seule chose à faire. Déduire du compte de l'acheteur le montant crédité au compte de la vendeuse. Comme dans les deux cas ce ne sont que des promesses, aucun argent existant ne transite vraiment. Quel est le résultat final de cette opération ? La banque a créé un crédit bancaire d'un montant de 10 000$ pour l'emprunteur. L'emprunteur a acheté une auto qui est quelque chose de bien réelle. Et la vendeuse a maintenant un crédit bancaire de 10 000$. 10 000$ ont été créés pour l'achat d'un bien très concret sans que la banque ou quiconque n'y mette le moindre argent. En plus, la banque va se faire rembourser tout cet argent par l'emprunteur avec des intérêts. Et s'il ne paie pas, la banque récupérera l'auto.

Des tours de magie comme celui-la on n'en voit d'habitude qu'au spectacle.

Mais qu'est-ce qui se passe si la vendeuse dépose son chèque dans une autre banque ? Est-ce que la banque de l'acheteur devra transférer des fonds à la banque de la vendeuse ? Peut-être... Mais sans doute infiniment moins que le total du prêt. Car le système bancaire fonctionne comme une seule banque.

Pour bien le comprendre, ajoutons une autre transaction à ce scénario. Imaginons que le même jour la banque de la vendeuse a consenti un prêt similaire à une vieille dame qui a acheté un méga système de cinéma à domicile. Le magasin d'électronique a déposé le chèque de cette dame à sa banque. La banque du magasin d'électronique avait fait un prêt similaire qui avait été déposé à la banque de l'emprunteur d'origine. Une fois toutes les transactions réglées, les banques ne se doivent rien. Ou s'il y a de petites différences, ce n'est qu'une infime partie du crédit total ainsi créé. C'est clair.

Bien que les banques ne prêtent pas vraiment l'argent des déposants, contrairement à ce qu'on croit généralement, elles ont besoin de dépôts pour consentir des prêts. En effet, les banques ont besoin de faire rentrer des crédits provenant d'autres banques pour compenser les crédits qu'elles émettent à d'autres banques. Aussi longtemps qu'une banque parvient à équilibrer les rentrées et les sorties de crédits, elle peut consentir de nouveaux prêts et donc continuer à créer de l'argent. Aucun argent créé ne devra vraiment sortir de ses poches. La banque est libre d'investir ses propres fonds en obligations de sociétés et en obligations d'états ou dans tout autre instrument financier autorisé par sa charte.

Toutes ses transactions peuvent être résumées en un diagramme: les intérêts que paient les gouvernements et les sociétés aux banques sur leurs obligations sont en réalité payés par nous. Nous payons ces intérêts sous forme d'impôts et nous les payons par tous les biens et services que nous achetons.

Les banques se déchargent sur nous d'une autre responsabilité: si elles font faillite et si elles ne peuvent pas respecter leurs promesses de paiement, c'est nous qui payons les pots cassés.

Mais vous vous demandez peut-être comment les banques peuvent faire faillite si elles ne doivent pas vraiment déposer des fonds lors de ces transactions ? Comment peuvent-elles avoir quelque chose à perdre ?

La réponse est simple: la grande différence entre les banques et les faux monnayeurs c'est que les banques ont légalement le droit de créer de l'argent. Mais uniquement en respectant des règles de comptabilité bien précises. (20"52')

Règles de comptabilité

Une banque peut seulement créer de l'argent en inscrivant les remboursements et la garantie de l'emprunteur à la rubrique des actifs de la banque, du côté positif de ses livres bancaires. Le tout étant compensé du côté négatif par le prêt, ou par ce que le système bancaire appelle l'engagement créé par la banque. Si l'emprunteur ne fait pas ses remboursements, l'actif donné en garantie est saisi puis vendu par la banque. Dans un marché en décroissance, quand les reprises de possessions sont nombreuses, la nouvelle valeur de l'actif qui a diminuée ne couvre pas le passif de la banque. La banque inscrit alors une perte dans ses livres. Quand les saisies bancaires, ventes forcées se multiplient, par exemple à la suite de l'effondrement du marché de l'immobilier, une grande partie des garanties bancaires s'évapore. Et les banques essuient alors de très lourdes pertes. Mais en réalité, se sont juste des chiffres, complètement immatériels. Pourtant les banques doivent respecter les obligations que ces chiffres leur imposent. En cas de dérapage, les conséquences peuvent être terribles: paralysie de l'économie, désintégration sociale, chaos financiers, famines, émeutes et guerres. (22"27')

«Ceux qui vivent par les nombres peuvent périr par les nombres. Il est terrifiant de penser qu'une machine à calculer écrira votre épitaphe...» - George J.W. Goodman, The Money Game (1968)

Bon... Comme nous étudions l'anatomie d'un prêt, nous allons présumer que le système continuera de fonctionner et que ces trois emprunts seront remboursés. Le résultat final c'est que pas un seul dollar d'argent existant n'aura changé de main. Mais 30 000$ de nouveaux crédits bancaires auront été créés et dépensés dans la masse monétaire. Et chacune des trois banques aura récupéré des intérêts sur 10 000$. Alors, est-ce que la création de ces 30 000 nouveaux dollars constitue une fraude comme la contrefaçon des billets ? Une différence évidente c'est que le système bancaire est légal, réglementé par le gouvernement, contraint par la justice à suivre des règles de comptabilité établies. Une autre différence c'est qu'il n'y a pas de victime bien visible alors que les faux billets font très clairement des victimes.

Les banques affirment que la vendeuse et l'acheteur ont tous les deux obtenu ce qu'ils voulaient par un accord mutuel.

Alors où est la fraude ? Et s'il y a fraude, qui est le perdant ?

Pour répondre à ces questions, voyons un peu qui a tiré quoi de cette transaction ? (24"06')

L'emprunteur a fait l'achat qu'il voulait selon des conditions qu'il a acceptées librement. Il regrettera peut-être cette décision par la suite, quand il aura bien du mal à faire ses remboursements. Mais il se peut aussi qu'il soit très heureux d'avoir obtenu ce prêt.

La vendeuse a obtenu un crédit bancaire qu'elle considère comme étant son argent à la banque. Elle a confiance de pouvoir dépenser cet argent quand elle le voudra. Elle est donc certaine d'avoir été complètement payée. Mais est-ce que quelqu'un d'autre a souffert de cette transaction ? Quelqu'un que nous aurions oublié ? Et bien il y a la banque qui récupère des intérêts sur une promesse de paiement. Les banques sont des spécialistes dans ce domaine. Et généralement elles se tirent très bien d'affaire.

Alors qui d'autre ?

Demandons-nous un peu d'où est venue cette auto ?

L'auto a été fabriquée à partir d'éléments bien concrets: ressources naturelles, énergies et main d'œuvre sont entrées dans sa fabrication. Alors pourquoi pas considérer qu'un des intéressés est la société dans son ensemble ? Ou même le monde réel d'où viennent toutes ces ressources ? N'oublions pas que l'argent créé par le nouveau crédit bancaire ne dort pas. Il est dépensé, mis en circulation dans le monde bien réel. Et c'est à ce monde bien concret que l'argent va en fin de compte, en échange de l'auto.

Par exemple, cet argent nouveau peut stimuler une production nouvelle contribuant à la croissance de l'économie et au bonheur de certains. Ainsi, une bonne partie des crédits bancaires prennent la forme d'hypothèques et ces hypothèques permettent d'acheter des maisons et stimulent l'industrie de la construction, grand fournisseur d'empois correctement payés. Mais après cet effet productif, l'argent nouvellement créé par un prêt dépréciera la masse monétaire réduisant le pouvoir d'achat de l'argent d'un très petit montant. (26"30')

Alors contrairement au cas des faussaires qui font clairement des victimes, la perte ici est essuyée par nous tous. Car l'élément concret du prêt, à savoir l'auto, a été extrait de l'ensemble du monde. Ce qui a causé une petite perte de la valeur de l'argent pour tout le monde.

«La baisse du pouvoir d'achat causée par l'inflation chez les détenteurs de fonds est source de gains pour les émetteurs de fonds.» - Banque de la Réserve Fédérale de St. Louis – Review, novembre 1975, p. 22

Poursuivons notre comparaison entre le crédit bancaire et la contrefaçon des billets. Les faux billets sont éventuellement détectés et retirés de la circulation entraînant une perte directe pour toute personne qui les a acceptés. Bien sûr il est impossible de prédire quelle partie des faux billets sera repérée où quand les faux billets seront éliminés de la circulation. Le crédit bancaire est lui aussi éliminé de la circulation parce qu'à chaque paiement une partie du principal est remboursé, donc éliminé. Presque tout l'argent actuel prend la forme de crédits bancaires. Par conséquent, presque tous les dollars qui passent sur nos comptes ont une date d'échéance. Un jour ils serviront au remboursement du principal sur un prêt bancaire et ils cesseront d'exister. (28"04')

En plus des paiements du principal, il y a les paiements d'intérêts qui constituent des revenus pour les banques. La plus grande partie de ces revenus sont recyclés dans l'économie sous forme d'intérêts payés aux déposants et de diverses dépenses des banques. C'est pourquoi il n'y a pas de perte évidente quand un crédit bancaire est éliminé de la circulation alors que la perte résultante de l'action des faux monnayeurs est bien visible. Mais regardons de plus près.

Une connaissance élémentaire de l'arithmétique suffit pour comprendre le pouvoir que confère le contrôle de la masse monétaire et pour saisir comment, avec le système actuel, la dette totale doit sans cesse augmenter faute de quoi le système s'effondre. (28"58')

Chaque fois que le rythme de création de l'argent dette perd du terrain sur le rythme de destruction de l'argent dette, le total de l'argent en circulation diminue. C'est ce qu'on appelle la déflation car la masse monétaire diminue comme un ballon qui se dégonfle. Il y a donc moins d'argent par rapport aux biens et aux services disponibles. Et comme il y a moins d'argent, le prix des biens et des services baisse. À première vue, on pourrait croire que ce serait une bonne chose. Et ça pourrait l'être si l'argent n'était pas créé sous forme de dette avec des intérêts.

Pour toute personne qui n'est pas endettée, la déflation aurait pour résultat un dividende général payé sur les biens et services de son choix. Ce serait un peu comme si cet argent venait d'actions que les gens auraient dans une compagnie prospère dont ils seraient les propriétaires et qui serait leur nation. Les gens n'auraient pas besoin de demander une hausse des salaires. Si la nation était plus productive et méritait une augmentation tout le monde en profiterait automatiquement. Car tout le monde pourrait acheter d'avantage avec son argent. Mais ce n'est pas du tout l'effet que produit la déflation dans un système où l'argent est créé sous forme de dettes avec intérêts. Plus de 95% de tout l'argent actuellement en circulation prend la forme de dettes envers les banques. C'est à dire de promesses de remboursements avec intérêts. Comme nous l'avons vu, le principal est créé lors de l'accord de prêts mais pas l'intérêt. Comme un certain temps s'écoule entre la création du prêt et son remboursement, et que la plus grande partie des revenus d'intérêts est recyclée sous forme de dépenses de fonctionnement des banques, la plupart d'entre nous parviennent à faire leurs remboursements, aussi longtemps que la masse monétaire grossit. Mais si la masse monétaire ou la dette totale diminue, l'argent devient de plus en plus difficile à gagner parce qu'il se fait plus rare. Il devient alors de plus en plus difficile de faire des remboursements fixes. Pour les gens lourdement endettés, la rareté de l'argent peut s'avérer catastrophique. (31"27')

«Toute l'économie mondiale dépend du consommateur; s'il cesse de dépenser de l'argent qu'il n'a pas pour des choses dont il n'a pas besoin, nous courons à notre perte.» - Bill Bonner( 6 ), auteur, éditeur et billetiste spécialisé en économie et en finances.

Les effets psychologiques de la chute des salaires et des prix accélèrent rapidement tout le processus car les emprunteurs, y compris les grandes entreprises, n'ont plus confiance de pouvoir rembourser leurs prêts.

Alors ils n'en demandent plus. Et comme il n'y a plus création de nouveaux prêts pour remplacer les anciens la pénurie d'argent s'aggrave entraînant la disparition de nombreux emplois et la réduction du pouvoir d'achat. Ce phénomène a lieu même dans un contexte de ressources abondantes et de solides capacités de production. Cette redoutable spirale descendante rend inévitables les saisies bancaires massives. Les prix dégringolent car plus personne ne veut dépenser d'argent. Du coup, la valeur des garanties de prêts chute et les banques se retrouvent avec de lourdes pertes dues aux radiations de prêts. Certaines doivent fermer. Les consommateur et les entrepreneurs ne font plus confiance au système. Bientôt le malaise économique et social se fait grave.

«Avec le système monétaire actuel, l'argent épargné précautionneusement pendant toute une vie peut fondre en un clin d'œil.» - Larry Parks, directeur général, The foundation for the Advancement of monetary Education (FAME)

Rien ne peut arrêter cette spirale catastrophique à moins que quelqu'un, généralement le gouvernement, ne crée de l'argent nouveau ou ne s'endette lourdement auprès des banques privées pour créer assez d'argent afin de relancer l'économie. (33"21')

L'exemple le plus connu de ce scénario est le crash boursier de 1929. La crise a eu pour effet psychologique que les gens ont fait de moins en moins d'emprunts. Il y a donc eu de moins en moins d'argent créé. La réserve fédérale américaine n'est pas intervenu alors pour lutter contre la déflation. En 1932, la masse monétaire était réduite d'un tiers. Des milliers de gens ont été expulsés de leur maison car l'argent requis pour rembourser leur hypothèque avait tout simplement cessé d'exister. Et puis, en 1932, Franklin Roosvelt est devenu président des États-Unis. Avec sa nouvelle donne, ou New Deal, Roosvelt a relancé l'économie en rétablissant la masse monétaire. Pour remédier au manque d'argent il a emprunté auprès des grandes banques privées. Dans les usines le travail a repris. Mais il a fallu attendre la deuxième guerre mondiale pour qu'il y ait de nouveau abondance d'emplois et d'argent.

C'est grâce à tout l'argent investi dans l'effort de guerre que la grande crise a pris fin. Mais la guerre a aussi causé 50 millions de morts et a mené à une nouvelle hostilité dans les rapports de pouvoir mondial avec une course aux armements. Un gonflement de la dette. Et des mutations sociales et technologiques radicales. (35"00')

«Lorsqu'un gouvernement est dépendant des banquiers pour l'argent, ce sont ces derniers et non les dirigeants du gouvernement qui contrôlent la situation puisque la main qui donne est au-dessus de la main qui reçoit.
L'argent n'a pas de patrie; les financiers n'ont pas de patriotisme et n'ont pas de décence; leur unique objectif est le gain.» - Napoléon Bonaparte.

«Je n'irai plus jamais à la guerre comme je l'ai fait pour protéger des banquiers véreux.
Il y a seulement deux choses pour lesquelles on devrait se battre. Pour défendre nos maisons et pour défendre la Déclaration des droits.
La guerre pour toute autre raison, c'est un racket.» - Major General Smedley Darlington Butler( 7 ) É.-U. (1881-1940)

«Nous ne pouvons plus rien faire, sinon nous endetter toujours plus envers le système bancaire afin de créer les montants grandissants d'argent dont la Nation a besoin pour son expansion.

Notre système monétaire est une supercherie...

Le "pouvoir de l'argent" qui a réussi ostensiblement à dominer les gouvernements responsables n'est pas simplement le pouvoir des super-riches, mais c'est un nouveau moyen de détruire de l'argent en jouant avec les chiffres dans les grands livres bancaires, sans le moindre souci pour les intérêts de la communauté ou pour le vrai rôle que l'argent devrait jouer...

Laisser ce pouvoir devenir une source de revenus pour les émetteurs privés, c'est créé un gouvernement secret et illicite – un rival assez puissant pour renverser en fin de compte toutes les autres formes de gouvernement.

…Un système monétaire honnête et intègre est la seule option.» - Frederick Soddy( 8 ), Prix Nobel auteur de Wealth, Virtual Wealth & Debt

Expansion - Récession

Tout cet effet d'expansion et de récession économique est appelé le cycle économique, comme si c'était un phénomène tout à fait naturel comparable au cycle de l'eau ou à celui du carbone. Deux cycles naturels qui sont régis par le soleil. (37"17')

Et le cycle économique, lui, par quoi est-il régi ?

L'un des éléments de réponse est la masse monétaire. Comme nous l'avons vu, cette masse monétaire dépend des prêts. Alors examinons ce qui se passe tout au long d'un prêt.

Nous savons qu'un crédit bancaire n'est rien d'autre qu'une promesse de paiement faite par la banque. Promesse que la banque a créée relativement à la promesse de paiement faite par l'emprunteur.

La promesse de paiement de la banque sert généralement à acheter des biens et des services réels et l'argent circule donc. Ce qui facilite les échanges. En tant que moyen d'échange la promesse de paiement actuel est formidablement efficace et souple. Mais comme aucun argent n'est créé pour payer l'intérêt, une situation apparemment impossible en résulte. Si les emprunteurs devaient tous payer leurs intérêts simultanément ils devraient se battre pour trouver des fonds car le total de l'argent existant serait bien inférieur au total de l'argent qui est dû. Le pourcentage des emprunteurs incapables de rembourser pourrait aisément être calculé. Mais généralement, les intérêts sont remboursés graduellement, pas d'une seule fois. Quand les revenus d'intérêts sont recyclés dans l'économie ils peuvent être regagnés, encore et encore.

Une fois qu'on a compris ce point, la question quant à la possibilité de rembourser ou non les intérêts devient encore plus complexe.

Alors, existe-t-il un système durable de prêts qui ne produit pas mathématiquement et inévitablement des défauts de remboursement ? (39"16')

Usure durable ?

Au moyen âge, pratiquer l'usure au sens que ce terme avait alors, c'est à dire prêter de l'argent avec intérêt, était condamné en tant que péché. La justification était d'ordre moral mais la raison profonde était d'ordre pratique. Avec une masse monétaire fixe comme une masse monétaire d'or, les gens qui auraient systématiquement recyclé les fonds qu'ils prêtaient avec intérêt auraient fini par s'accaparer tout l'argent. Ce problème a d'ailleurs été l'un des facteurs premiers de la chute de l'empire Romain. Comme de richissimes particuliers avaient amassé d'énormes quantités d'or, le gouvernement a dû fabriquer des pièces à partir de métaux de base sans valeur. Du coup, cette monnaie dépréciée a causé un manque de confiance envers le système. Une formidable leçon en a été tirée. Durant tout le millénaire qui a suivit, l'église catholique-romaine a déclaré que prêter de l'argent avec intérêt serait un péché punissable d'excommunication. Dans certains pays, la pratique de l'usure était même passible d'une condamnation à mort. (40"46')

Est-ce vraiment un pécher que de prêter de l'argent avec intérêt ?

De nos jours il semble tout à fait logique de se faire payer pour prêter son argent. Mais ceci présente un problème. Si les prêteurs ne dépensent pas tous les intérêts qu'ils récupèrent permettant ainsi aux emprunteurs de gagner cet argent, les emprunteurs vont avoir du mal à faire leurs paiements, quelle que soit leur ardeur au travail. Certains ne vont pas pouvoir rembourser leur prêt. C'est mathématique.

La situation est très facile à comprendre avec une masse monétaire fixe, par exemple avec des pièces d'or. Aussi longtemps que toutes les pièces d'or récupérées à titre d'intérêts sont dépensées, donc remises en circulation et que les emprunteurs peuvent les gagner par leur travail, ces mêmes pièces peuvent servir à rembourser des intérêts. Encore et encore et encore. Les prêteurs profitent en achetant de vrais biens et services avec ces pièces d'or. Mais ces pièces d'or doivent servir à faire des dépenses et non pas être retirées de la circulation. Même si ce système n'est pas très moral, il est durable. Mais si les pièces d'or sont prêtées de nouveau avec intérêt ou si elles sont retirées de la circulation parce que quelqu'un les met de côté, il y aura un manque de pièces d'or pour rembourser la dette globale.

C'est fondamentalement ce qui se passe dans notre système monétaire actuel fondé sur l'argent dette. (42"31')

Comme nous l'avons vu, presque chaque dollar existant de nos jours est créé sous forme d'argent dette. Avec un échéancier de remboursement du principal jusqu'à ce que la dette soit détruite. Donc pour que tous les emprunteurs puissent rembourser le principal plus les intérêts il faut deux choses:

  • premièrement, chaque dollar créé en tant que principal doit être dépensé pour pouvoir être regagné par l'emprunteur afin que celui-ci puisse rembourser le principal qui permettra de détruire chacun des dollars dette.
  • et deuxièmement, chaque dollar payé par l'emprunteur à la banque sous forme d'intérêt doit lui aussi être dépensé. Encore et encore. Pour être regagné par l'emprunteur afin de servir au remboursement des intérêts. Encore et encore et encore.

L'une des théories favorites des prêteurs est la suivante: (43"35')

étant donné que les banques dépensent leurs revenus d'intérêts, sous forme de frais de fonctionnement et d'intérêts payés aux déposants et de dividendes versés aux actionnaires, il y a suffisamment d'argent en circulation pour faire tous les paiements. Mais cette idée, comme celle d'une pénurie absolue d'argent, est une simplification à outrance.

Imaginons maintenant ce qui se passe si quelqu'un d'autre que la banque, par exemple vous ou moi ou un prêteur non bancaire, obtient ce dollar et le prête avec intérêts. Ce dollar doit maintenant être remboursé à deux prêteurs différents avec deux intérêts différents et simultanés. De plus, si ce dollar est prêté, remboursé et prêté de nouveau par le second prêteur il n'est plus disponible pour rembourser le principal du prêt par lequel il a été créé.

Alors, est-ce que nous pouvons emprunter à Pierre pour payer Paul et emprunter à Paul pour payer Pierre ? (44"45')

C'est là que la problématique devient vraiment intéressante. Oui c'est possible. Mais chaque fois que nous le faisons, de nouveaux intérêts viennent s'ajouter qui doivent eux aussi être remboursés. Si tous les intérêts cumulés peuvent être gagnés, tous les remboursements peuvent être faits. C'est à partir de cette hypothèse que de nombreux défenseurs du système actuel affirment qu'il ne peut jamais y avoir pénurie d'argent et que tous les remboursements peuvent être faits.

Mais cette assurance semble trompeuse.

Par exemple, si le second prêteur accapare une partie de l'argent requis pour détruire le prêt qui a servi à créer l'argent au tout début, le prêt d'origine ne peut pas être complètement remboursé. La différence devra être emprunter encore et encore, chaque fois avec des intérêts. Chaque différence sera cumulative et s'ajoutera à une dette totale sans cesse grandissante qui ne pourra jamais être complètement remboursée. Et bien sûr, pour chaque intérêt nouveau ajouté au système, un plus devra sortir du système pour payer cet intérêt. Tout le monde est touché: les gouvernements, les producteurs et les consommateurs. Pour ce plus, les producteurs doivent augmenter leurs prix ou faire d'avantage de ventes. Mais pour faire d'avantage de ventes il faut généralement baisser les prix et donc vendre toujours plus ce qui mène à une surchauffe de la production et à une saturation du marché. En fin de compte il y a des pertes d'emplois, des fermetures d'usines et des faillites. Pour ce plus, les gouvernements doivent augmenter les impôts, mais l'augmentation des impôts draine l'argent de l'économie de production entraînant une réduction de la capacité collective à payer les impôts. Le gouvernement doit alors emprunter d'avantage avec des intérêts accrus. Et pour ce plus, les consommateurs doivent par exemple trouver un second emploi ou emprunter d'avantage pour rembourser leurs anciennes dettes ou encore prolonger l'échéancier de leurs remboursements. Mais une concurrence accrue pour les emplois entraîne une diminution des salaires. Et un remboursement sur une période plus longue fait augmenter considérablement les intérêts à rembourser. Enfin, emprunter pour payer d'anciennes dettes c'est un peu comme remplir un trou en creusant un trou toujours plus grand. Voilà la situation dans laquelle nous nous retrouvons actuellement: les producteurs ne peuvent pas vendre d'avantage, car les consommateurs n'ont pas les moyens d'acheter d'avantage. Les gouvernements diminuent les impôts en espérant stimuler la demande des consommateurs. Et le revenu réel des consommateurs est en stagnation ou en baisse en raison de la concurrence pour les emplois.

En résumé, toute augmentation du montant total des intérêts dans le système monétaire entraîne une vraie pénurie d'argent. Tout ceci s'explique du fait que la véritable économie de production est limitée par la disponibilité restreinte des richesses naturelles. L'économie de production répond à des besoins bien réels. Actuellement elle ne parvient pas suivre le rythme de l'économie artificielle fondée sur les transactions financières qui a un appétit effréné pour le gain sans aucun égard pour les limites naturelles du monde réel. (48"55')

La théorie selon laquelle il y aura toujours assez d'argent pour payer tous les intérêts est séduisante. Mais pour être vraie, elle devrait être vraie à 100%. Or c'est impossible.

Premièrement, parce que les seconds prêteurs qui ne sont pas des banques représentent une bonne partie des prêteurs. Et ils demandent des intérêts sur le l'argent pour lequel un intérêt doit déjà être remboursé.

Deuxièmement, il faut considérer les attentes culturelles: tous les gens qui ont de l'argent s'attendent à ce que leur argent leur rapporte toujours d'avantage. L'argent qui devrait être dépensé, c'est à dire remis en circulation pour que le premier emprunteur puisse le gagner, est prêté de nouveau avec intérêt ou bien investi.

Les deux conditions qui devraient être remplies pour que tous les emprunteurs puissent rembourser le principal plus les intérêts et donc détruire véritablement leurs dettes, sont impossibles à satisfaire dans le système monétaire existant. Rien dans notre système monétaire n'interdit de reprêter l'argent créé à partir d'un prêt. Et rien n'oblige les banques à dépenser leurs revenus d'intérêts pour qu'ils puissent être regagner par les emprunteurs ce qui leur permettrait de détruire leurs dettes. Alors les banques préfèrent investir leurs revenus d'intérêts pour en tirer toujours plus de profits. Et les banques ne sont pas les seules à jouer ce jeu.

Quiconque fait faire boule de neige à son argent pour que son butin grossisse toujours plus, le fait au dépend des emprunteurs qui ne vont pas trouver l'argent requis pour payer leurs dettes. Sauf en s'endettant encore d'avantage. Et c'est pourquoi, comme l'affirme si bien le dicton, les riches s'enrichissent et les pauvres s'appauvrissent. (51"07')

L'argent dont les emprunteurs auraient besoin aux échelons les plus bas de l'économie de production est transféré au monde de l'argent virtuel où tout ressemble à un immense casino. C'est un monde où les transactions ne sont guère que des chiffres sur lesquels ont mise pour gagner de plus en plus gros. Ces chiffres n'ont presque rien à voir avec la réalité. De nos jours, la plus grande partie de l'argent change de mains dans l'économie du jeu, c'est à dire le marché des changes, les instruments dérivé et les autres instruments financiers avec lesquels les banques et les fonds d'investissements  jouent pour s'enrichir. En voici un exemple:

Le total des transactions sur le marché mondiale des changes en une seule semaine est supérieur au total des transactions sur le marché mondial des biens et services durant toute une année. Cette énorme masse d'argent est utilisée continuellement par les spéculateurs qui misent sur les fluctuations des cours. Cet argent existe, mais uniquement dans l'économie du jeu. (52"25')

Alors, dans quelle mesure les intérêts qui pèsent si lourd sont-ils non remboursables ?

Pour répondre à cette question il faudrait pouvoir retracer avec certitude tout l'argent du monde. Mais comme il y a plus de six milliards d'habitants sur la planète dont la majorité gagne de l'argent, le dépense, l'emprunte et le prête, les transactions monétaires mondiales sont au moins aussi complexes que les flux des océans et donc impossibles à retracer. Cependant, la tendance actuelle est claire: la même vieille histoire se perpétue: les riches retirent de plus en plus d'argent de l'économie du jeu où les simples emprunteurs n'ont guère de chances d'en gagner. Et la seule manière dont le système peut rester en place c'est en créant toujours plus d'argent. Mais plus il y a d'argent créé sous forme de dettes, plus le seul moyen de créer d'avantage d'argent est de créer de nouvelles dettes. Le moyen de le faire c'est d'accorder des prêts ridiculement faciles à des emprunteurs nullement qualifiés ou de faire des dépenses gouvernementales massives en opérations de sécurité et de guerres ou encore de renflouer les banques quand elles font faillite. (53"50')

Cycle des prêts – Cycle économique

Voyons maintenant comment le cycle d'un prêt joue sur le phénomène des expansions et des récessions économiques, c'est à dire sur le cycle économique.

Voici les principales étapes du cycle économique:

Tout d'abord, la dépense faite grâce au prêt stimule l'économie. Ensuite, une inflation se produit parce que l'argent créé déprécie la masse monétaire. Et enfin, la déflation suit au fur et à mesure que les remboursements détruisent graduellement le principal. Aussi longtemps que tous les cycles de prêts individuels ne se chevauchent pas, ces cycles peuvent produire un effet de plat. Ils peuvent créer une masse monétaire relativement stable et donc des prix relativement stables eux aussi. Mais il faut alors une croissance continue de la masse monétaire, au moins en partie, parce que l'argent requis pour payer les intérêts n'a jamais vraiment été créé.

C'est le modèle sur lequel repose notre économie actuelle. L'art de gérer l'économie, étroitement définit comme l'art de parvenir à la stabilité des prix, consiste à éviter les spirales déflationnistes et à maintenir l'inflation à un niveau tel que le système ne craque pas.

Si on examine le pouvoir d'achat du dollar américain en biens réels au cours du siècle dernier, on voit immédiatement ce qu'est la soi-disant stabilité des prix. Le dollar a clairement perdu presque toute sa valeur. Soit 96%. Et il continue de perdre le reste très très vite. Alors il n'y a pas eu de stabilité des prix. Nul besoin d'avoir fait des études supérieures en psychologie pour comprendre comment le comportement humain influe sur ce cycle de prêts individuels menant au cycle économique collectif. (56"02')

Si un entrepreneur voit des possibilités d'investir et réussit bien en empruntant, d'autres feront confiance au système et voudront suivre son exemple. Et tout effet psychologique mis à part, si une entreprise prend de l'expansion en empruntant de l'argent, ses fournisseurs et ses distributeurs devront fort probablement emprunter eux aussi, sans quoi ils risqueront de perdre cette entreprise comme client. Le même effet de troupeau se produit quand le scénario est sombre. C'est à dire en période de contraction du crédit. (56"39')

C'est alors que les cycles de prêts individuels ont une tendance à s'aligner plutôt qu'à être répartis au hasard. Et quand les cycles de prêts individuels s'alignent, le cycle à grande échelle, c'est à dire le cycle économique, émerge en raison de leurs effets cumulatifs.

Alors résumons: à la suite de l'échange de promesses faites entre la banque et l'emprunteur, la société subit une inflation chronique et dépend des banques pour un apport grandissant d'argent afin de payer des intérêts qui deviennent impossibles à rembourser. Le résultat est un cercle vicieux d'accélération de la dette et de dépréciation de l'argent menant à l'effondrement déflationniste de l'économie suivit du chaos social ou de la guerre. Cette situation catastrophique s'étend à toute la société causant partout des dommages. Au fond, nous sommes intoxiqués. Mais pas à l'héroïne. Au crédit. Pourtant, un jour viendra où notre capacité collective à emprunter et à rembourser tout ce crédit s'épuisera. C'est pourquoi le besoin existe de provoquer une expansion constante du crédit dans de nouveaux marchés. C'est à dire d'amener les gens partout ailleurs dans le monde à s'endetter, toujours d'avantage. (58"07')

Aux États-Unis, en raison de cette expansion constante, le montant total de la dette pour 2008 a dépassé les 53 000 000 000 000 (53 trillons) de dollars, soit 5 fois le total des revenus annuels du pays tout entier. L'ensemble de la population est-elle satisfaite du système ? Probablement pas. Mais l'ensemble de la population n'a qu'une idée très vague des raisons du problème. C'est à dire du système hermétique de contrefaçon de l'argent et du pouvoir caché qu'exerce le système financier.

Et les banques, comment s'en tirent-elles ?

Et bien, en n'ayant seulement une toute petite fraction de l'argent qu'elles prêtent, les banques obtiennent des revenus d'intérêts massifs sur les prêts aux consommateurs et sur les hypothèques. De plus, en se servant de leur pouvoir de crédit pour acquérir de vastes portefeuilles d'actions de l'état et de sociétés, les banques s'approprient le contrôle du gouvernement et de l'industrie. Et enfin, en raison des inévitables défauts de paiements et saisies bancaires, les banques récupèrent des titres de propriété partout dans le monde. Enfin, quand tout va vraiment mal, c'est à dire quand les emprunteurs sont massivement incapables de rembourser leurs prêts et que les banques essuient d'énormes pertes, le gouvernement doit renflouer les banques avec des milliards de dollars pour sauver le système financier. Et qui finance tous ces renflouements ? Vous l'avez deviné: les contribuables. C'est un exploit étonnant de la part des banques d'autant plus que la majorité de leurs victimes n'en n'ont aucune connaissance. (1h00"00')

Si vous vous dites «Il devrait y avoir une loi» et bien il y en a une. En fait, il y a tout un ensemble de lois qui rendent ces opérations parfaitement légales.

Droit commercial

Mais comment se fait-il qu'un système pareil soit devenu légal ?

Pour répondre à la question il faut retourner au milieu du 17ème siècle en Angleterre.

«Quand le pillage devient un moyen d'existence pour un groupe d'hommes qui vit au sein de la société, ce groupe finit par créer pour lui-même tout un système juridique qui autorise le pillage, et un code moral qui le glorifie.» - Frederic BASTIAT( 9 ), 1081-1850, économiste politique

C'est à cette époque que sont apparus de plus puissants navires, qui ont facilité les voyages d'exploration. Le commerce a pris une expansion rapide. Pour faire des échanges, en particulier sur de longues distances et de longues durées, les contrats sous forme écrite sont devenus de plus en plus importants, de plus en plus complexes. Longtemps en Angleterre, le droit commun avait stipulé que tout contrat devait porter sur l'échange de biens réels, c'est à dire sur le transfert de biens, ou de services ou encore de droits de propriété. Et c'est sur ces éléments que les tribunaux tranchaient en cas de conflits. Si le contrat n'avait pas été fait à titre onéreux, c'est à dire s'il n'y avait pas eu échange de vrais biens ou de vrais droits de propriété, ce contrat était jugé nul et non avenu. Et il était donc rejeté par les tribunaux. En vertu de ce droit commun, un contrat actuel disant que l'emprunteur donne en garantie une auto dont il n'est pas propriétaire contre une promesse de paiement de la banque ne serait pas valide. De plus, en cas de conflit, le droit commun stipulait que seules les personnes ayant réellement participé à un échange à titre onéreux, c'est à dire les personnes qui avaient livré des biens ou des services, pouvaient aller en justice pour exiger le respect du contrat. Ce droit n'était pas transférable à une tierce partie. (1h02"30')

Quand les négociants partaient eux-mêmes en expédition autrefois pour vendre des marchandises, ils achetaient ces marchandises dans leur pays avec la monnaie locale puis ils vendaient dans des pays étrangers en monnaies étrangères. Ensuite, il revenaient dans leur pays avec des marchandises de l'étranger qu'ils avaient achetées en monnaie étrangère. Et une fois de retour, ils les vendaient en monnaie locale. Mais comme le commerce devenait florissant et complexe, les négociants ont préféré rester dans leur pays et ils ont tout simplement affrété des navires. Ils pouvaient ainsi importer des marchandises de pays autres que celui où ils avaient exporté. Mais un problème est apparu alors: les marchandises exportées avaient été payées à l'étranger en monnaie étrangère qui devait être dépensée ailleurs. Or, transporter cet argent liquide, c'était s'exposer aux vols et surtout à une perte partielle dans la conversion des devises. La solution a été de créer des lettres de changes. Par une lettre de change le payeur donnait ordre au destinataire de payer au bénéficiaire la somme indiquée. La signature authentifiait le contrat et seuls les participants à la transaction pouvaient aller en justice en cas de conflit sur une lettre de change. Ces lettres étaient donc sans valeur pour un voleur ou pour une tierce partie. (1h04"10')

Vous l'avez deviné: les lettres de change étaient les précurseurs des chèques. Je soussigné «le payeur» enjoins à ma banque, c'est à dire le destinataire, de payer le bénéficiaire, c'est à dire la personne nommée sur le chèque, la somme d'argent indiquée.

Elle servait à ordonner un paiement en liquide dans une région ou dans une contrée éloignée. Mais très vite les commerçants ont voulu plus: ils ont voulu que les lettres de change permettent de rapprocher les paiements parmi de nombreux marchands dans de nombreux pays. Pour cela, il fallait que les lettres de change soient transférables et exigibles par de tierces parties. Comme nous allons le voir, c'est alors que le fondement du système bancaire actuel est devenu légitime. (1h05"05')

Jusqu'alors, en vertu du droit commun, une tierce partie qui avait acheté honnêtement une lettre de change transférée plusieurs fois n'avait pas le droit d'aller en justice pour obtenir un paiement. Les lettres de change de tierces parties posaient donc des risques inacceptables.

Pour que les lettres de change deviennent un moyen pratique et garanti de paiement pour une tierce partie, c'est à dire l'équivalent d'argent liquide, il fallait modifier le droit commun.

En Angleterre, par une série de décisions juridiques datant de 1664 à 1699, les lettres de change sont devenues exigibles par les tierces parties. Si une tierce partie achetait une lettre de change, à titre onéreux et de bonne foi, sans soupçonner de fraude ou de problème quant aux droits de vente du vendeur, cette lettre de change était valide et exigible devant un tribunal.

Quelles ont été les conséquences de ces changements ? Et bien désormais, toute lettre de change était considérée légitime une fois qu'elle était vendue. Les lettres de change et toutes les autres promesses de paiement dûment signées, à l'exception des chèques, sont devenues transférables et exigibles légalement comme le voulaient les commerçants. Les contrats de dettes pouvaient donc être vendus ce qui facilitait les transactions. Un nouveau marché est apparu pour les profiteurs: le commerce des lettres de change. C'est alors que le marketing de la dette a commencé. (1h06"51')

De plus, il est devenu possible de tromper quelqu'un ou de le forcer à signer une promesse exigible de paiement puis de vendre cette promesse à une tierce partie, à titre onéreux et de bonne foi, promesse alors exigible en justice contre le signataire. Ce point est devenu l'une des règles fondamentales du "code commercial uniforme" qui régit le commerce aux États-Unis et, par extension, dans la plus grande partie du monde.

«Tout le système fiscal et monétaire est placé, par les présentes, sous le C.C.U (Code commercial uniforme)» - Loi fédérale sur les privilèges fiscaux de 1966, É.-U.

Pensez-y un peu: si vous achetez un ordinateur portable qui a été volé, vous pouvez être reconnu coupable de recèle de vol, ce qui est une infraction criminelle. Peu importe si vous avez payé cet ordinateur sans savoir qu'il avait été volé. Le tribunal le rendra à son propriétaire légitime. Et vous, innocent ou pas, vous perdrez votre argent et vous pourrez être accusé d'un crime. Mais si vous achetez un accord de prêt à une banque, à titre onéreux et de bonne foi, peu importe que ce contrat résulte de manœuvres frauduleuses. En vertu des lois commerciales, le signataire devra payer. Et un tribunal veillera à faire respecter cette obligation. De nos jours, les contrats de dette prennent de multiples formes dont les plus connues sont les prêts et les hypothèques. Notons en passant, que c'est à l'époque de tous ces changements de lois que la toute nouvelle banque d'Angleterre a été fondée. Première banque autorisée par l'état à créer de l'argent à partir de rien. Les nouvelles lois arrivaient à point. Elles permettaient à cette nouvelle banque de faire valoir ses contrats sans valeur signés par les soi-disant emprunteurs. (1h09"07')

«La banque retire des intérêts sur tout l'argent qu'elle crée à partir de rien.» - William Paterson, fondateur de la Banque d'Angleterre, 1694

Les rares personnes qui ont découvert la vraie nature de leur prêt bancaire et qui ont essayé de contester en justice la validité de leur contrat de dette ont découvert que ces lois contractuelles commerciales restent le fondement inattaquable du système d'argent dette.

La banque peut très bien avoir vendu d'accord de prêt original à une tierce partie, à titre onéreux. Une seule chose compte pour un juge, même si cette tierce partie est une associée de la banque: Qui est le propriétaire du document, que dit le document et qui l'a signé ? Le fait que la banque ait omis d'informer l'emprunteur de la vraie nature de l'accord de prêt et l'absence de tout argent réel prêté par la banque n'ont aucune importance. (1h10"04')

Cinq actions frauduleuses

En conclusion, il semble bien que le système bancaire contemporain repose sur plusieurs infractions au droit commun et au simple bon sens.

  • La première, c'est celle qui est commise par l'emprunteur quand il s'engage à donner en garantie un bien dont il n'est pas encore propriétaire. La banque est complice car elle accepte cette promesse frauduleuse comme garantie du crédit qu'elle va créer.
  • La seconde, c'est l'omission par la banque de divulguer la vraie nature du contrat. La banque dit qu'il s'agit d'un prêt faisant croire à l'emprunteur qu'elle lui prête de l'argent réellement existant. Mais la banque sait bien qu'elle émet uniquement une nouvelle promesse de paiement, une promesse que la banque n'aura probablement jamais à tenir.
  • La troisième, c'est que l'accord de prêt devrait être invalide car un contrat impossible est légalement invalide. La banque crée un contrat impossible car les conditions exigées pour que les emprunteurs puissent rembourser le principal + les intérêts ne sont pas remplies. À moins que le système n'exige le recyclage à 100% du principal et des intérêts, ce qu'il ne fait aucunement, certains emprunteurs ne pourront pas rembourser et perdront donc leur garantie à cause de la pénurie systématique d'argent.
  • La quatrième infraction, c'est la violation de la loi naturelle par la loi des contrats qui confère automatiquement le titre légitime d'un contrat à une tierce partie quand ce contrat a été cédé à titre onéreux. Il y a infraction au principe selon lequel on ne peut pas céder un titre qu'on a pas.
  • Mais la fraude la plus vaste, c'est que la plupart des gens qui travaillent pour produire les vraies richesses du monde sont lourdement endettés et risquent de tout perdre au profit des banquiers qui fabriquent de l'argent à partir de simples promesses de paiement. En fin de compte nous sommes prisonniers d'une économie qui doit prendre de l'expansion de plus en plus vite pour suivre la croissance effrénée de la masse monétaire. Faute de quoi tout le système s'effondre.

Le système monétaire actuel refuse de reconnaître que l'économie réelle est limitée par les richesses naturelles limitées de notre planète et par notre capacité limitée à gérer les déchets. Oui ! Notre planète a des limites et par conséquent l'économie ne peut pas gonfler à un rythme toujours plus rapide. Notre système monétaire actuel ressemble à l'autobus du film Speed qui roule à toute vitesse: cet autobus ne peut pas ralentir sans quoi la bombe placée à bord va exploser. Mais pour nous la situation est pire encore. Car le taux de création de la dette doit s'accélérer sans fin sinon c'est le crash de l'économie tout entière.

La notion la plus mensongère de l'économie contemporaine, c'est qu'une croissance infinie toujours en accélération est possible. C'est une illusion créée de toute pièce par la course aux profits. Un crash économique, social et environnemental sans précédent paraît inévitable. Car le système monétaire semble incapable de s'adapter. Rien d'étonnant alors que les réformateurs du système monétaire partout dans le monde affirment que ce système tout entier doit être complètement repensé à partir de zéro. (1h14"13')

«Le système bancaire n'implique pas la fraude, tout le système EST une fraude.» - Tim Madden, historien du système monétaire, défenseur des consommateurs.

Alors quelle est la solution ?

L'une des options souvent suggérées est de revenir à l'étalon «Or». Les partisans de cette option disent que l'or est une vraie monnaie car c'est un métal indéniablement précieux. Pour eux, la valeur de la monnaie devrait reposer sur la rareté de son standard de référence. En règle générale, les défenseurs de cette position croient aussi que l'argent devrait être indépendant de tout gouvernement. Une autre école diamétralement opposée croit que la création de l'argent devrait être la prérogative exclusive du gouvernement qui représente tous les citoyens et qui devrait créer et dépenser l'argent dans l'intérêt public. Ayant repris le pouvoir de créer de l'argent, rien qu'à partir de ses dépenses, le gouvernement n'aurait plus jamais besoin de s'endetter ou de payer des intérêts.

Bien sûr, si le gouvernement dépensait sans compter, la monnaie perdrait toute sa valeur. Pour empêcher l'inflation, l'argent créé devrait être détruit lui aussi. Ceci pourrait se faire au moyen de multiples formes d'impôts, de redevances et de frais modérateurs. Les dépenses engagées par le gouvernement et les impôts recueillis par lui seraient alors inter-reliés et égaux, parfaitement équilibrés. L'objectif des impôts serait de stabiliser les prix étant donné que le gouvernement n'aurait plus besoin de revenus d'impôts pour fonctionner. (1h15"56')

Au fil des siècles, le système monétaire fondé sur l'or et divers systèmes de crédit monétaire gouvernemental ont été utilisés. Mais le système fondé sur l'or a toujours dominé jusqu'au XXeme siècle. Chacun des autres systèmes fonctionnait bien dans son pays respectif car l'argent était accepté pour le paiement des impôts. Mais jusqu'à l'invention des moyens modernes d'échanges, le commerce international devait se faire en fonction de l'or. Ajoutons à cela que depuis des millénaires l'or nous fascine. Longtemps, nous avons été habitués à croire que la valeur de la monnaie devait reposer sur la valeur d'une vraie richesse. Monaya (???) par exemple des pièces d'or. Mais ce n'est pas le seul concept qu'on devrait se faire de l'argent. En tout cas, plus à notre époque de l'argent dette. (1h16"55')

Fondamentalement, l'argent est tout simplement une idée inventée par les humains pour passer d'une économie de subsistance à une économie complexe. C'est l'apparition de l'argent qui a rendu possible la spécialisation du travail et l'échange indirect des biens et des services. L'évolution de la monnaie a été longue, commençant par le simple troc et l'échange de marchandises puis passant à l'échange de pièces, de promesses de métal précieux, de promesses de billets et maintenant de promesses numériques de payer des promesses numériques. Mais tout au long de cette évolution, l'objectif a été de donner plus de souplesse au système grâce à des promesses pratiques et sûres de paiement. Le problème, avec les promesses de paiement, c'est qu'elles offrent d'immenses possibilités de tricher, de créer beaucoup plus de promesses qu'il n'y a de biens réels pour les garantir.

Alors, est-ce qu'il existe un moyen de rendre l'échange d'argent réel aussi pratique et sûr que l'échange de promesses de paiement ?

Oui. C'est maintenant possible avec la monnaie numérique, pratique et sûre, rendue possible par les nouvelles technologies de cryptage.

Voilà comment marche le système: (1h18"24')

Imaginez que vous prenez le numéro de série d'un billet et que vous faites disparaître le support papier du billet. Qu'est-ce qui vous reste ? Un dollar numérique qui peut être transféré électroniquement partout dans le monde aussi facilement et aussi sûrement qu'une promesse de paiement. La différence, qui est monumentale, c'est que ce dollar électronique est pareil à une pièce de métal. Il ne peut jamais être simultanément dans deux endroits différents. Il est donc possible d'empêcher la multiplication des promesses en exigeant un paiement en liquide, en espèce ou sous forme numérique. Et plus besoin de déposer ses dollars numériques à la banque car ils fournissent leur propre sécurité. De plus, ces dollars peuvent être transférés sur internet. (1h19"23')

Autre avantage: la monnaie numérique, instantanément transférable, pourrait permettre diverses fonctions intelligentes impossibles avec les autres formes de monnaie. Par exemple, avec une simple programmation, l'argent pourrait calculer sa propre valeur en éliminant toute spéculation, toute manipulation et toute erreur humaine. C'est pas mal non ?

Déjà, l'on s'efforce de réformer le système monétaire par des modifications de lois. Ainsi, aux États-Unis, la loi sur la réforme monétaire et la loi monétaire de l'American Monetary Institute ont été rédigées. Elles prescrivent en détail comment redonner au gouvernement le pouvoir exclusif de créer l'argent. Les banques auraient alors simplement le droit de prêter l'argent existant comme la majorité des gens croit qu'elles le font actuellement. Toutes les propositions de réformes partent du même principe fondamental, quel que soit leur pays et quel que soi leur détail. C'est le public qui devrait bénéficier de la création de l'argent.

Actuellement, l'argent n'est pas créé au bénéfice de la société mais à celui des banques privées. Les banques créent d'immenses quantités d'argent à partir de nos dettes. Plus nous empruntons, plus les banques récupèrent d'intérêts et plus elles s'enrichissent. Ce faisant, les banques prennent le contrôle de tout: des consommateurs, de l'industrie et des gouvernements. (1h21"08')

Comme nous l'avons vu, une surabondance d'argent mène trop souvent à des bulles spéculatives qui enrichissent les initiés. Mais ces bulles crèvent inévitablement sous la pression énorme de la demande d'intérêts toujours croissante. Les perdants sont nombreux et parmi eux il y a les gouvernements. Sous le fardeau de dettes considérables mais avec des revenus moindres les gouvernements sont obligés d'ajouter des trillons à leurs dettes pour sauver les banques qui ont causé le problème, autrement, tout le système monétaire s'effondrerait. La situation est absurde. Tragique. Surtout quand on sait que le gouvernement pourrait créer lui-même l'argent et le dépenser sans intérêt en infrastructures, en éducation ou en soins de santé universelle. La plus grande partie de cet argent entrerait dans l'économie sous forme de salaires et circulerait à tous les niveaux de la société pour le bien de tous. L'abondance de ce type d'argent redonnerait vigueur à l'économie de production et les économies des particuliers pourraient financer des prêts bien réels et honnêtes d'argent existant. (1h22"34')

Fondamentalement, la monnaie est un moyen d'échanger des valeurs réelles. Sans valeur réelle, l'argent n'est rien. Nous le savons maintenant: c'est le monde bien réel qui consent un prêt. Pas la banque. La vraie source des richesses mondiales c'est nous et les ressources naturelles de notre planète. La création de l'argent et les bénéfices à en retirer devraient donc être l'apanage du public et non pas des banquiers privés. (1h23"06')

Et les intérêts ? Comme nous l'avons vu, les intérêts posent un problème mathématique qui peut être résolu de trois manières:

  1. Premièrement, par des défauts de paiements et des saisies bancaires,
  2. Deuxièmement, par une croissance perpétuelle de la masse monétaire,
  3. Ou troisièmement, et c'est la solution de loin préférable, par un recyclage à 100% de l'intérêt sous forme de dépenses.

Mais pour parvenir à ce recyclage complet il faudrait nationaliser toute l'industrie bancaire dans l'intérêt du public. (1h23"49')

Les revenus d'intérêts, provenant du système bancaire public, pourraient alors être versés à tout le monde sous forme de dividendes aux citoyens ou bien ils pourraient servir à financer les dépenses gouvernementales à la place des impôts comme cela s'est passé avec succès en Pennsylvanie au temps des colonies. Le cas de la Pennsylvanie n'est qu'un exemple de système monétaire différent. Il y a toujours d'autres options, et il en existe d'autres actuellement. Ce que l'évolution de la monnaie nous montre c'est que la valeur réelle de la monnaie découle de son utilité. Or il y a bien des moyens de créer une monnaie utile.

Par exemple, la monnaie peut tout simplement prendre la forme d'une promesse de paiement faite par un particulier, un engagement à livrer ses produits ou ses services contre des devises de la communauté comme dans les systèmes LETS( 10 ) ou les dollars time( 11 ). Il existe déjà des milliers de monnaies communautaires fondées sur la confiance collective où les membres honorent leur promesses de paiement. Ces systèmes communautaires peuvent constituer de véritables moyens de survie en cas d'effondrement complet du système bancaire traditionnel. Car même quand il y a pénurie total d'argent ou que l'hyper-inflation paralyse l'économie, une monnaie communautaire peut sauvegarder l'économie locale. Vous allez vous dire: ces propositions ne sont-elles pas radicales ? Absolument ! Elles le sont ! Mais les défis qui vont se présenter à nous sont absolument sans précédent. Une croissance exponentielle ne peut plus soutenir la dette monumentale qui doit sans cesse augmenter pour empêcher l'effondrement de ce château de cartes. (1h25"55')

À moins de prendre radicalement une autre voie, ce qui nous attend c'est une disparité grandissante entre les riches et les pauvres, un poids intolérable de la dette, une vague de faillites bancaires, des catastrophes sociales et environnementales.

Nous devons transformer notre système bancaire, l'adapter à l'avenir qui se dessine clairement devant nous. Pour commencer, nous devons concevoir un système bancaire qui puisse réagir à une contraction généralisée de l'économie sans provoquer de saisies bancaires et de faillites massives.

Alors, que pouvez-vous faire ?

Actuellement, partout dans le monde, des gens et des organismes comprennent les problèmes et les injustices causés par notre système monétaire. Vous pouvez vous joindre à leurs efforts pour apporter les changements fondamentaux dont notre monde a besoin. Parlez à vos amis. Une crise financière, c'est le moment de tirer des leçons. Quand le gouvernement doit renflouer les banques qui lui prêtaient de l'argent auparavant, les contradictions, les fraudes et les failles du système deviennent claires pour tous. Les solutions deviennent claires elles aussi. Il suffit d'ouvrir les yeux. Nous ne pouvons tout simplement pas continuer ainsi. Faire quelques ajustements au système actuel ne suffira pas. Les changements à apporter sont radicaux. Ils doivent bénéficier à tous. Pas à une petite poignée de privilégiers.

Pour y parvenir, nous devons rejeter les vieilles hypothèses et les croyances erronées. Nous devons oser une métamorphose complète. Le temps est venu de passer à l'action. (1h28"00')

«L'argent ne paie rien, ne l'a jamais fait, ne le fera jamais. C'est un axiome économique vieux comme le monde que les biens et services ne peuvent être payés que par des biens et services.» - Albert Jay Nock, Memoirs of a Superfluous Man (1943)

«Quand le dernier arbre sera mort, quand la dernière rivière aura été empoisonnée, et quand le dernier poisson aura été attrapé, alors seulement nous comprendrons que nous ne pouvons pas manger l'argent.» - Proverbe Cree

 1 : Irving Fisher

 2 : John Kenneth Galbraith

 3 : John Emerich Edward Dalberg-Acton

 4 :  David Friedman

 5 :  George Hawtrey

 6 : Bill Bonner et Bill Bonner

 7 : Smedley Butler et War is a racket

 8 : Frederick Soddy

 9 : Frédéric  Bastiat et bastiat.org/fr

 10 : sel-touraine.fr

 11 : seldeparis.org



Table des matières

  1. Économie : comprendre l'argent, les dettes et les crises
  2. Économistes à écouter et réécouter
  3. L'origine de la dette
  4. Paul Grignon : l'argent dette et les promesses chimériques
  5. Pourquoi faut-il que les Etats payent 600 fois plus que les banques ?
  6. Étienne Chouard
  7. Pierre Larrouturou
  8. Frédéric Lordon
  9. Bernard Friot : soyons subversifs !

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