Table des matières
- Économie : comprendre l'argent, les dettes et les crises
- Économistes à écouter et réécouter
- L'origine de la dette
- Paul Grignon : l'argent dette et les promesses chimériques
- Pourquoi faut-il que les Etats payent 600 fois plus que les banques ?
- Étienne Chouard
- Pierre Larrouturou
- Frédéric Lordon
- Bernard Friot : soyons subversifs !
L'origine de la dette
Date de publication: le mardi 3 janvier 2012 à 15h08
Dernière modification: par Pascal BOYER le mercredi 1 février 2012 à 18h36
Les dictatures fomentent l’oppression, la servilité et la cruauté ; mais le plus abominable est qu’elles fomentent l’idiotie.
Nous utilisons tous au quotidien de l'argent fiduciaire. Cependant, nos connaissances, notre culture relatives à la monnaie se résument, pour beaucoup d'entre nous, à bien peu de choses. Et encore, est-il fort probable que nos notions s'avèrent très approximatives quand elles ne sont pas tout simplement fausses.
Dans un monde dirigé par la finance, dans un monde où les impératifs économiques ont pris l'ascendant sur les nécessités humaines, sociales et environnementales, dans un monde où plusieurs fois par jour sont annoncés, comme on égraine un chapelet, les cours des sociétés du CAC40, des indices macroéconomiques, des devises, des matières premières, etc., il est précieux d'acquérir des bases économiques et monétaires. Je n'ambitionne pas ici de partager avec vous des cours d'économie pour faire de vous des experts en la matière. En revanche, je vous propose une succession de vidéos à même de vous initier très progressivement et très didactiquement aux rudiments des mécanismes monétaires et bancaires qui régissent notre économie.
Cliquer sur l'image pour lancer les vidéos
Cette vidéo constitue une première approche très pédagogique qui donne incontestablement envie d'en savoir plus sur sur le sujet.
Encore une fois, il s'agit pour moi d'une vidéo dont l'objet est d'amorcer l'intérêt pour un sujet qui reste tout de même plus complexe que la description qui en est faite ici.
Pour ceux qui souhaitent donc approfondir progressivement leur compréhension du système monétaire et banquier je vous propose de pour suivre le visionnage des vidéos qui suivent celle-ci. La progression est vraiment très pédagogique.
Cette vidéo explique les conséquences économiques de l'article 104 de Maastrich transposé en article 123 du Traité de Lisbonne.
Pour son exposé, Étienne Chouard s'appuie sur les travaux de l'économiste de droite Maurice Allais, unique économiste français ayant obtenu en 1988 le prix Nobel d'économie (31 mai 1911- 9 octobre 2010).
Si ce sujet vous intéresse, je ne peux que vous recommander les vidéos que j'ai regroupées dans la section «Système monétaire» et tout particulièrement celles de de la conférence de Jean-Marc DANIEL absolument passionnante.
Aurélien Eyquem
Maître de Conférences (Associate professor) - Ecole Normale Supérieure de Lyon
Affiliations: GATE LSE - UMR CNRS 5824 (France) & GREDI (Canada)
«Pourquoi avons nous besoin de la monnaie?»
Conférence véritablement didactique sur le fonctionnement du système bancaire, inter-bancaire et le rôle des banques centrales ainsi que sur la création monétaire, le rôle de l'argent et du crédit.
De très nombreux termes économiques sont clairement explicités aidant ainsi au quotidien à mieux comprendre l'information économique dont on nous inonde.
Aurélien Eyquem
Maître de Conférences (Associate professor) - Ecole Normale Supérieure de Lyon
Affiliations: GATE LSE - UMR CNRS 5824 (France) & GREDI (Canada)
«Pourquoi avons nous besoin de la monnaie?»
Conférence véritablement didactique sur le fonctionnement du système bancaire, inter-bancaire et le rôle des banques centrales ainsi que sur la création monétaire, le rôle de l'argent et du crédit.
De très nombreux termes économiques sont clairement explicités aidant ainsi au quotidien à mieux comprendre l'information économique dont on nous inonde.
Si vos connaissances tutoient le néant, alors vous serez surpris de constater qu'en accordant un peu de temps et d’attention au visionnage les vidéos que je mets à votre disposition votre regard et votre compréhension de l'environnement économique dans lequel vous baignez sans cesse s’éclaircira enfin. Peut-être même, et c'est bien là mon dessein, vous découvrirez-vous quelques curiosités pour une science qui jusqu'à lors vous semblait absconse.
Les vidéos
Les deux premières vidéos, très connues sur le net, viennent en forme d'introduction aux concepts monétaires et bancaires que les vidéos suivantes abordent plus en profondeur. Quelque soient les imprécisions qu'elles contiennent, elles présentent l'indéniable avantage de la simplicité, de la clarté et de l’accessibilité. En résumé, je trouve qu'elles remplissent parfaitement leur rôle pédagogique.
Le lien ci-dessous est un «topic» de 510 messages sur le forum de l'émission @rrêt sur Images, messages critiques des deux vidéos sus-nommées:
Avec les deux vidéos suivantes (vidéos 3 e t 4) vous ferez connaissance (ou non) d'un personnage qui s'est fait nationalement connaître en 2005 à l'occasion des débats qui ont précédés le vote référendaire pour le TCE (Traité de la Constitution Européenne). Étienne Chouard est en effet ce professeur d'économie par lequel l'opposition au TCE a véritablement pris son envol après qu'il a publié sur son blog une critique largement étayée du texte sur lequel nous devions nous prononcer. Étienne Chouard avait à l'époque mis en évidence le caractère antisocial du texte. Dans la première vidéo il explique le rôle et l'impacte de l'article 104 du Traité de Maastrich (devenu art. 123 du traité de Lisbonne). Cet article est fondamental si l'on souhaite comprendre l'origine des dettes de presque tous les états de la planète. Dans la deuxième vidéo, Étienne Chouard présente le mécanisme de création monétaire.
Ce dernier point, ainsi que le fonctionnement bancaire, inter-bancaire et des banques centrales, sont tout particulièrement approfondis par Aurélien Eyquem (Maître de Conférences - Ecole Normale Supérieure de Lyon) tout au long de sa conférence présentée in extenso par les deux dernières vidéos (5 et 6)
Comprendre enfin la crise des Subprimes
Article original publié sur le site politique.net le 27-09-2008
Faillites bancaires, des milliards de dollars envolés, une croissance mondiale en berne, des gouvernements impuissants. Le capitalisme financier est en crise. Nicolas Sarkozy a expliqué cette semaine que c'était "la fin d'un monde" sans esquisser des pistes de sortie de crise. Les médias alignent en boucle les chiffres de la crise, les chutes des valeurs boursières, les pertes colossales de certaines banques, sans nécessairement expliquer réellement ce qui est en train de se passer en des termes simples. Mais quelles sont les causes de la crise financière mondiale ?
Mode d'emploi simplifié de la crise financière mondiale en 6 étapes.
Étape 1 : La crise financière part des États-Unis en août 2007
La crise débute à l'été 2007 à cause des "subprimes", des prêts hypothécaires consentis à la classe moyenne américaine. En temps normal, un particulier qui souhaite acquérir un appartement peut emprunter en fonction de son salaire et de sa capacité à rembourser. Inconvénient du système : l'emprunt est proportionnel au salaire. Si vous ne gagnez pas beaucoup, vous ne pouvez pas emprunter beaucoup, donc vous ne pouvez pas acheter.
Les Américains ont donc créé des subprimes : vous empruntez ce que vous voulez (même si le salaire n'est pas très élevé) mais c'est la maison qui est en garantie. En clair, si vous ne pouvez pas rembourser, la banque récupère la maison et la vend. Mais quand les prix de l'immobilier baissent, les banques paniquent ! Cas de figure classique : un emprunteur ne rembourse plus, la banque décide donc de vendre sa maison et de tout récupérer. Mais comme les prix de l'immobilier ont baissé, la banque perd de l'argent sur la vente. C'est la crise des subprimes : certaines banques qui avaient eu trop recours à ce type de prêt se sont retrouvés dans une situation financière critique. Et plus de 2 millions de personnes se retrouvent ruinées aux États-Unis, faute de pouvoir rembourser les emprunts.
Étape 2 : Toutes les banques sont touchées à cause de la titrisation
Pour tenter de limiter les risques de ces crédits d'un nouveau genre, les banquiers ont eu recours à la titrisation. Ils ont transformé ces emprunts en titre sur les marchés boursiers. Concrètement, si un particulier emprunte 1000 euros, il doit en rembourser 1200 euros à la banque avec les intérêts. Pour gagner plus rapidement de l'argent, les banques ont émis des titres de dette, c'est-à-dire un papier donnant droit à ces 1200 euros. Ces titres de dette se sont échangés sur les places boursières.
Quel est l'intérêt pour les acheteurs de ces titres ? Si l'acquéreur achète son titre à 1100 euros, il sait qu'il a la garantie de recevoir 1200 euros. Or, à partir du moment où celui qui doit rembourser l'emprunt pour l'achat de sa maison ne peut plus payer, le titre n'a plus aucune valeur. Ce sont ces montages financiers complexes qui expliquent la chute de la bourse car toutes les banques étrangères, notamment européennes, se sont aperçues qu'elles possédaient des titres de subprime qui ne valaient plus rien. Tout le monde en avait mais personne ne savait vraiment combien.
Étape 3 : Les banques se méfient et ne se prêtent plus d'argent
Dans un premier temps, les banques étrangères se sont voulues rassurantes. En France, le directeur de la BNP a d'abord affirmé que la banque n'avait pas procédé à des placements risqués de ce type. Mais quelques jours plus tard, après analyse, la BNP réalise qu'elle possède des subprimes. Le jeudi 9 Août 2007, la BNP décide de geler la cotation de 3 fonds d'investissement. La panique gagne alors les marchés car plus personne ne se sent à l'abri. A partir de là, les banques vont se méfier les unes des autres et ne plus vouloir se prêter de l'argent entre elles. Cette crise de confiance des marchés interbancaires va entraîner la faillite de certaines banques, malgré l'injection de milliards de dollars de la réserve fédérale américaine. Vous n'avez rien compris ? Passez à l'étape suivante.
Étape 4 : Faute de liquidités, certaines banques sont asphyxiées dès 2007
Pour comprendre comment les banques ont fait faillite dès 2007, il faut expliquer comment fonctionne le système bancaire. Quand vous empruntez 100 000 euros à la Société Générale, celle-ci augmente la masse monétaire de 100 000 euros. Elle crée donc 100 000 euros. Mais pour éviter que la machine à billet ne s'emballe (créer de la monnaie sans contrôle), la Société Générale doit déposer une partie de la somme créée sur un compte de la Banque Centrale Européenne. C'est ce qu'on appelle les "réserves obligatoires". Si le taux de réserves obligatoires est de 1%, la société Générale doit donc déposer sur le compte de la Banque Centrale Européenne 1 000 euros. Ce système là permet à la banque centrale européenne de contrôler la création de monnaie.
Souvent les banques n'ont pas les liquidités nécessaires pour accorder des crédits (le flux entre l'argent déposé par des épargnants et l'argent prêté aux autres n'est jamais équilibré à l'instant T). Elles empruntent donc de l'argent à une autre banque pour pouvoir verser la "réserve obligatoire" à la BCE afin de pouvoir accorder le crédit au client. C'est une pratique courante : les banques se soutiennent et se prêtent de l'argent entre elles. Mais quand il y a une crise de confiance, c'est tout le système qui s'enraye. Pour éviter un effondrement général et des faillites en cascade, la banque centrale "injecte" des milliards, c'est-à-dire qu'elle permet aux banques de récupérer des liquidités à très faible coût.
Malgré cela, certaines banques se sont retrouvées asphyxiées très rapidement : elles ont perdu des sommes colossales avec les subprimes, et elles n'ont pas réussi à poursuivre leur activité de crédit car les autres banques, méfiantes, ont refusé de leur prêter des liquidités pour faire face. De nombreuses banques se sont donc retrouvées dans des situations difficiles : en Grande Bretagne, la Northern Rock a dû être nationalisée, sous peine de disparaître.
Étape 5 : La panique gagne les marchés financiers en 2008
La plupart des économistes pensaient que le gros de la crise était passé début 2008. Une fois que la crise des subprimes est bien identifiée, que les banques ont revendu ces titres à risques, la crise financière était sur le point de se terminer après un dernier soubresaut fin 2007. Mais la crise est repartie de plus belle en février 2008 quand les banques ont arrêté leurs comptes annuels. Les pertes se sont avérées plus importantes que prévu : entre la chute de l'immobilier, la crise des subprimes, les soubresauts de la bourse qui ont fait chuter les cours, les pertes d'actifs se sont montées à plusieurs dizaines de milliards de dollars pour certaines banques. C'est le cas de Citibank, qui était la première banque mondiale jusqu'à cette crise.
Dès lors, la crise financière qui était d'abord une crise bancaire va se transformer en krach boursier. A chaque mauvaise nouvelle ou publication des comptes d'une banque, le titre de la banque chute sur les marchés financiers. Les banques ont alors des pertes colossales, et comme en 2007, peinent à trouver des liquidités. Vue la situation de crise, comme en 2007, les banques ne se font plus confiance et le marché interbancaire se grippe. Certains établissements de crédit ont donc vu leur valeur boursière chuté en quelques semaines. Par exemple, AIG (numéro 1 de l'Assurance) a perdu 45% de sa valeur en une semaine et 79% sur un an. Lehman Brothers, la quatrième banque d'affaires de Wall Street, a perdu 45% de sa valeur en une seule journée et 94% sur un an. Jamais des chutes aussi vertigineuses n'avaient été constatées depuis la crise de 1929.
Étape 6 : Tentative de sauvetage à coût de centaines de milliards
Face à ce qui s'apparente à une banqueroute généralisée, les banques centrales et les États tentent de venir en aide à tous les établissements les plus fragiles pour éviter des faillites qui auraient des conséquences très importantes sur l'économie réelle. Trois sorties de crise sont exploitées :
1. Les banques centrales injectent de nouveau des liquidités pour que ces banques puissent emprunter. Mais cette solution a des limites : la création monétaire doit être fortement encadrée sinon, il y a un risque très élevé d'inflation. Les prix pourraient s'envoler et accélérer ainsi la propagation de la crise dans l'économie réelle.
2. Les banques centrales volent au secours de certaines banques en récupérant à leur compte les titres dépréciés, comme les subprimes. C'est ce qu'a fait la banque centrale américaine en mars pour sauver la banque d'investissement Bear Stearns. La banque centrale américaine a récupéré 29 milliards d'actifs toxiques (dépréciés et peu surs) et facilité la reprise de Bear Stearns par une autre banque JP Morgan. Là encore, cette solution a des limites. La banque centrale américaine ne peut effacer d'un seul coût des milliards de perte pour chaque banque en difficulté.
3. Le gouvernement américain tente de sauver certains établissements pour éviter un effondrement de tout le système bancaire. Par exemple, Freddie Mac et Fannie Mae, deux géants américains du crédit hypothécaire, ont été placés sous la tutelle du gouvernement. Le trésor américain va dépenser 200 milliards de dollars pour sauver ces deux établissements. Seulement, le gouvernement américain ne peut sauver toutes les banques en difficulté : d'abord parce que cela coûte des milliards de dollars aux contribuables, et ensuite parce que cela donnerait de très mauvais signes aux marchés financiers, qui auraient l'impression de bénéficier d'une certaine impunité. A quoi bon assainir le système si les États sont prêts à aider toute le monde à coût de plusieurs centaines de milliards de dollars ? Voilà pourquoi le Trésor américain a refusé de voler au secours de la banque Lehman Brothers, qui a donc fait faillite.
Et maintenant ? De nombreuses banques sont dans des situations difficiles. Le gouvernement américain tente de convaincre le congrès de voter un plan de sauvetage de 700 milliards de dollars. Les marchés financiers sont toujours aussi volatiles, la confiance n'est pas revenue. Tout ceci va avoir des conséquences sur l'économie réelle en France et en Europe : les banques vont durcir les conditions de crédit pour les particuliers (les prêts immobiliers sont plus difficiles à obtenir) et pour les entreprises (les investissements vont se ralentir). Le capitalisme financier connaît donc l'une des plus graves crises depuis le krach boursier de 1929.
Cette crise frappe par sa rapidité et son enchaînement : la crise immobilière américaine s'est transformée en crise financière et bancaire, elle-même entraînant une crise économique mondiale avec des risques de récession aux États-Unis, en Europe et partout ailleurs. Signe que la crise est sérieuse, la croissance française ne devrait être que de 1% en 2008, et les chiffres du chômage sont très mauvais au mois d'août : il y aurait entre 30 000 et 40 000 demandeurs d'emploi en plus. Il faut remonter à 1993 pour trouver une hausse aussi brutale du taux de chômage en France.
Saut de ligne
Commentaires














