Table des matières
- Économie : comprendre l'argent, les dettes et les crises
- Économistes à écouter et réécouter
- L'origine de la dette
- Paul Grignon : l'argent dette et les promesses chimériques
- Pourquoi faut-il que les Etats payent 600 fois plus que les banques ?
- Étienne Chouard
- Pierre Larrouturou
- Frédéric Lordon
- Bernard Friot : soyons subversifs !
Économistes à écouter et réécouter
Date de publication: le mardi 3 janvier 2012 à 15h08
Dernière modification: par Pascal BOYER le jeudi 9 février 2012 à 17h19
La sagesse universelle enseigne qu'il vaut mieux, pour sa réputation, échouer avec les conventions que réussir contre elles.
Les économistes que je propose d'écouter dans cette rubrique ne sont bien évidemment pas de ceux, et Dieu sait combien ils sont pléthores, qui, loin des préoccupations du plus grand nombre et de l'intérêt général, s'évertuent religieusement à mettre en œuvre des recettes économiques dont nul n'ignore plus ni les ravages ni les séquelles mais qui présentent au moins deux avantages:
- tout d'abord, en qualité de recettes idéologiques, elles confortent ces ilotes du libéralisme dans le fondement même de leur structure mentale, les exemptant ainsi de toute remise en cause. Car c'est un secret de polichinelle que les politiques, nantis de la République, assistés de la Nation, épargnés des effets de leurs actes, nous exhortent à toujours plus de flexibilité, d'adaptabilité, de mobilité quand ils se montrent eux-mêmes tétanisés par la plus infime remise en cause de leurs privilèges immenses et iniques(1). Et ceci s'avère d'autant plus que l'on gravit les échelons du pouvoir.
- par ailleurs, l'application pieuse de ces recettes permet à ceux qui les suivent servilement de s'exonérer de toute responsabilité ultérieure. Comme il confortable de se dérober face à l'implacable bilan humain de ses agissements en invoquant la non culpabilité de celui qui n'a fait que son devoir: se conformer sans faillir au modèle idéologique. La réputation dont parle Keynes ci-contre est alors sauve.
Si j'associe les mesures économiques aujourd'hui mises en place au niveau européen à des recettes c'est parce qu'elles ne constituent rien d'autre que l’arsenal de mesures mille fois appliquées par le FMI. Et mille fois le résultat s'est répété. Invariablement et sans exception aucune, les méthodes ineptes du FMI, bras armé du libéralisme décomplexé, ont pour objectif d'ouvrir l'économie du pays à la concurrence mondiale, de privatiser l'industrie, de ravager le secteur public, de flexibiliser le travail et de réduire les dépenses publiques. En termes techniques cela s'appelle imposer la rigueur d'un programme d'ajustements structurels en vertus de l'orthodoxie budgétaire. À dessein, le FMI ruine donc l'économie du pays auquel il est sensé venir en aide et le laisse exsangue et incapable de rembourser ses dettes. Mais qu'importe puisqu'entre temps tous les pans intéressants de son économie auront été bradés à des entreprises privées occidentales et les éventuelles ressources naturelles pillées par d'autres de ces entreprises.
Le panel de «solutions» que la Grèce est vivement et fermement priée d'adopter la conduit immanquablement à un état de dévastation de son industrie, de son économie et de son corps social. Et au final, la Grèce fera défaut. Ceci est inscrit dans le marbre.
Au cours des 3 dernières décennies, nous n'avons pas voulu voir, pas voulu savoir que les méthodes du FMI et de la Banque Mondiale étaient des machines de guerres économiques capables d'anéantir des sociétés humaines aussi sûrement qu'une guerre militaire. Et ceci, malgré les innombrables exemples d'interventions de ces deux institutions internationales, tout particulièrement sur les continents africain et sud-américain. Notre cécité bientôt prendra fin et la réalité d'une Europe aujourd'hui mise en coupe réglée par le FMI viendra douloureusement nous déciller.
À ceux qui s'étonneraient que le FMI ait fait main basse sur l'Europe, je recommande vivement la lecture de l'article
Le Mécanisme Européen de Stabilité : MES / ESM
puis d'y rechercher les occurrences de l'acronyme FMI !
Dans le texte fondateur de ce mécanisme d'aide, signé le 30 janvier 2012 par 25 des 27 états de l'UE et qui entrera en vigueur le 1er juillet 2012, on lit ceci:
«Le MES va coopérer très étroitement avec le Fonds monétaire international ("FMI") en fournissant une aide financière. En toutes circonstances, la participation active du FMI sera recherchée, tant sur le plan technique que financier. Un État Membre requérant une aide financière du MES devra déposer une demande similaire auprès du FMI.» Voilà. La messe est dite. Et ne nous méprenons pas: il s'agit d'un Requiem bien plus que d'un Ave Maria.
Saut de ligne
Alors que faire ?
Ma position, en toutes circonstances, est de ne jamais fermer les yeux sur les réalités qui m'entourent. L'ignorance n'est jamais bonne conseillère et conduit, lorsqu'elle gangrène une nation, à la tyrannie des imbéciles. Cependant, savoir et instruction ne suffisent pas à imposer de bonnes décisions et si l'érudition n’immunise en effet en rien contre le fascisme, à contrario, un déficit d'instruction n'est pas incompatible avec une vision démocratique du monde. Savoir et instruction sont le ferment de la réflexion qui, selon les inclinations politiques de chacun, mènera à préférer telle vision du monde, telle organisation sociale. Nos inclinations politiques sont bien plus le résultat inconscient de notre psychisme que celui d'un processus réflexif. Je dirais même que ce dernier constitue une activité de mise en mots de notre affectivité intérieure. Il n'empêche, la pertinence de notre réflexion ne pourra s'étendre qu'à mesure que s'approfondira notre connaissance du sujet sur lequel s'exerce notre intelligence.
Partant, il est urgent de s'instruire sur les événements à l’œuvre dans le contexte de cette crise, depuis le phénomène originel qu'a constitué à l'été 2007 l'éclatement de la crise immobilière aux États-Unis (les fameux subprimes) jusqu'au fonctionnement du système bancaire, interbancaire et des banques centrales. C'est ce que je vous propose de découvrir à travers les vidéos que j'ai rassemblées dans la rubrique L'origine de la dette .
Ne vous est-il jamais apparu que si le plus grand nombre pensait comme vous, alors le monde serait différent ? Personnellement, j'ai souvent imaginé l'inexistence politique à laquelle serait réduite l'actuel chef de l'état si mes idées politiques étaient plus partagées. Et ceci sans révolution ni violence. Aujourd'hui, ce dont souffrent nos sociétés, c'est d'un grand manque d'intérêt pour la Politique découlant directement d'une grande inculture politique et économique. Et ce ne sont certainement pas les réformes de l’Éducation nationale et de l'enseignement supérieur qui combleront les lacunes des générations à venir. Bien au contraire.
Si, comme le dit Bernard Friot «l'exaspération populaire» associée à la frustration - «sentiment que cela ne pourra jamais changer» - sont «les deux ingrédients de l'extrême droite», alors il devient indispensable de pourvoir envisager des voies de sortie aux difficultés politiques, économiques et sociales traversées. Parce que cet exercice est certainement celui auquel il est le plus difficile de se prêter, je vous recommande particulièrement les vidéos de l'excellent Frédéric Lordon, celles de l'économiste Pierre Larrouturou ainsi que la première partie de la longue intervention de Bernard Friot, La retraite par répartition, donnée à l'occasion de la conférence à l'Université Populaire de Sallanches-Passy en février 2011. Vous apprécierez d'ailleurs dans le propos de Bernard Friot - qui a maintenant dépassé l'âge de la retraite - la formidable exhortation à nous mobiliser, nous impliquer, à adopter une pensée révolutionnaire, subversive. (voir les vidéos de la présente rubrique).
Ayant éprouvé un immense plaisir à auditionner l'ensemble des vidéos que je partage ici, je ne peux que vous souhaiter de partager ce plaisir.
(1): René Dosière - L'argent de l'Etat
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