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L'eau en bouteille s'abreuve aux sources du marketing...

Date de publication: le lundi 21 juillet 2008 à 22h32
Dernière modification: par Pascal BOYER le lundi 21 juillet 2008 à 22h48
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Article original publié par Cyprien boganda dans le N° 19842 du 17 Juillet 2008 de l'Humanité Dimanche

Pourquoi les consommateurs achètent-ils de l'eau en bouteille ?

Dans 60 % des cas, l'eau qui coule au robinet des Français provient des mêmes nappes phréatiques que les eaux de source et bénéficie d'un traitement anti-bactériologique excellent. Mais elle coûte 100 à 300 fois moins cher que l'eau en bouteille. Cette dernière a pourtant toujours la cote auprès des consommateurs. Preuve que le marketing est efficace.

 

Elle n'est pas particulière­ment bonne pour l'orga­nisme. Elle est même franchement néfaste pour l'environnement. Et pour­tant, l'eau en bouteille se vend. Cher. Dans les supermarchés, elle est 100 à 300 fois plus chère que celle du robinet. Il s'agit donc
moins d'une histoire de coût que d'une question de goût. Selon une étude menée par la chercheuse Catherine Ferrier, la moitié des consommateurs de bouteilles d'eau n'aiment pas la saveur de celle qui sort du robinet. En deuxième posi­tion vient l'argument de la sécurité. 22 % des consommateurs craignent qu'elle soit contaminée par des substances toxiques. Une crainte renforcée par les fréquents scandales alimentaires. La mau­vaise réputation de l'eau courante tient en tout cas à des facteurs purement psychologiques. Nombre d'utilisateurs continuent à voir dans l'eau en bouteille une garantie de santé. En fait, cela n'est pas si étonnant : depuis l'époque romaine, où les cures thermales font leur apparition, les eaux minérales en Europe sont parées de vertus médicinales. « Jusque dans lès années 50, l'eau minérale était vendue dans les magasins en tant que produit de santé », rap­pelle la chercheuse Catherine Ferrier.

Mais l'Antiquité n'explique pas tout. À coups de slogans martelés par les affiches publicitaires, le marketing moderne a imposé jusque dans l'inconscient collectif l'image d'une eau miraculeuse, capable de modifier le physique aussi bien que le moral. Les marques occupent chacune un cré­neau bien précis, qui tient en une maxime claire comme de l'eau de source. Évian rend jeune. Contrez rend mince. Quant à Vittel... elle revitalise. Ces slogans ne datent pas d'hier, mais s'inscrivent au contraire dans des traditions publicitaires solidement ancrées. Évian, l'eau en bouteille la plus vendue au monde, a toujours bâti sa popularité sur son influence supposée régénéra­trice. Dans les années 50, elle est l'eau « classique des nourrissons », mais elle est aussi indispensable au bon fonctionnement des reins. « Vous vous lavez les dents matin et soir, mais il est plus important encore de vous laver les reins », informe l'entreprise sur un ton sen­tencieux. Dix ans plus tard, la bou­teille miracle permet au consom­mateur de ressentir les effets oxygénants d'une balade en mon­tagne sans quitter sa maison : « Boire Évian, c'est respirer à 3 000 mètres », affirme une campa­gne de pub de 1962. Aujourd'hui encore, elle est « déclarée source de jeunesse par (notre) corps ». Depuis 1954, Contrex se veut l'al­liée indispensable de tous les régi­mes minceur. Ainsi clame-t-elle en 1975 ce slogan aux allures quasi messianiques : « Aide-toi, Contrex t'aidera. » Pour Agnès Guerrier, diététicienne, les propriétés amaigrissantes de la marque relèvent cependant avant tout du marketing: « C'est un très grand concept publi­citaire, mais qui ne repose sur aucun argument scientifique, affirme-t-elle. Contrex, comme toutes les eaux, est diurétique, c'est-à-dire qu'elle facilite l'élimination. Ce n'est pas pour cela que je la recom­mande pour les régimes de mes patients! »

En ce moment, les marques ont fort à faire pour pérenniser ces réputations flatteuses. Le marché de l'eau en bouteille ne cesse de régresser en France depuis quatre ans. Les causes sont diverses: aug­mentation des prix des bouteilles, critiques des écologistes, mais aussi contre-offensive des acteurs de l'eau du robinet qui ont lancé des campagnes de communication. Du coup, les multinationales misent plus que jamais sur la publicité. Chez Danone Eaux France, propriétaire de l'eau d'Évian, le bud­get marketing a augmenté de 10 % en 2007. Les campagnes de pub, encore plus pédagogiques que par le passé, ne manquent pas d'infor­mer qui veut l'entendre que « notre corps est composé à 60 % d'eau ». Encore une fois, la santé est le prin­cipal argument. Reste à savoir si les Français, avec leur pouvoir d'a­chat en berne, continueront à payer 300 fois plus cher une eau qu'ils peuvent boire en ouvrant leur robinet...

Cyprien boganda

Saut de ligne

Saut de ligne

Article original publié par Fred Gargaud dans le N° 19842 du 17 Juillet 2008 de l'Humanité Dimanche

EAU MINÉRALE, DE SOURCE, GAZEUSE DU DU ROBINET... QUELLES DIFFÉRENCES ?

L'eau minérale est-elle potable ? La question peut surprendre mais mérite qu'on se la pose: si on appliquait la même réglementation à l'eau courante et à celle en bouteille, un certain nombre d'eaux minérales seraient qualifiées de non potables. De fait, si l'eau minérale, comme l'eau de source ou celle du robinet, doit respecter un ensemble de critères bactériologiques, elle n'est pas soumise aux normes physico-chimiques (calcium, sulfates, sodium...) que doivent respecter les autres eaux. Elle doit en revanche présenter un niveau constant de minéraux et d'oligo-éléments. Ce qui n'est pas le cas de l'eau de source. Celle-ci doit provenir de sources microbiologiquement saines et être apte à la consommation humaine sans traitement. Mais il faut savoir qu'une même marque peut commercialiser des eaux recueillies auprès de différentes sources.

C'est le cas de Cristaline qui distribue une eau provenant de plus d'une vingtaine de sources différentes, situées en France et à l'étranger. Par ailleurs, dans 60 % des cas, l'eau de source est puisée dans les mêmes nappes phréatiques que l'eau du robinet.

Cette dernière provient majoritairement de nappes souterraines (70 %), le reste étant puisé dans les eaux de surface, lacs et rivières. L'eau courante peut être traitée chimiquement pour répondre aux critères de potabilité et sa composition chimique est relativement constante. L'eau gazeuse est aussi une eau traitée à laquelle on ajoute parfois du CO2 afin qu'elle présente la même teneur en gaz carbonique que lors du captage à la source.

F. G.

Commentaires

  • eaux en bouteilles et eau du robinet

    Pourquoi continue t-on à colporter des chiffres et des idées fausses ? Mystère mais ce qui est sûr c'est que l'eau de source coûte entre 25 et 40 fois plus cher que l'eau du robinet. Il suffit d'aller en hard discount et de comparer les prix : 2 litres = 0,16 €, 1 litre d'eau du robinet = 0,003 €. Faites la comparaison et cessons de dire comme l'ADEME qui ne sait même pas faire un règle de trois que l'eau est 100 à 300 fois plus chère !
    Prétendre que l'eau de source est puisée dans les mêmes nappes que l'eau du robinet est encore un mensonge car les eux de source sont d'origine souterraine et profonde (captages entre 80 et 400 mètres de profondeur). Pour l'eau du robinet, une eau souterraine est souvent de l'eau des nappes phréatiques. Sinon, capter à 100 m l'eau du robinet revient très cher et la facture d'eau serait hors de prix, rienb à voir avec les 3 € le m3.
    quant au marketing, certes on dépense des sommes folles, mais Véolia, Suez, et Cie, que font-ils en lobbying auprès des pouvoirs publics pour maintenir leur suprématie en pompant depuis 120 ans l'argent de tous les consommateurs qui n'ont pas le choix de s'abonner ?????
    Coté environnement, l'eau du robinet n'a rien a envier aux bouteilles : 460 tonnes de phophates sont déversés en Ile de France pour soi-disant lutter contre la dissolution du plomb. Qui le sait ? l'Afssa le dit dans ses avis.
    Et les contrôles d'eau du robinet ? nombre ridicules si l'on retient les chiffres des rapports officiels du Ministère de la santé : 310 000 prélèvements ont été réalisés ce qui représente 1 prélèvement pour 21 000 m3/an soit 21 millions de litres par an en 2006. Mais silence, rien à voir, continuez de payer sans dire un mot, c'est l'arnaque organisée.
    Je préfère au moins acheter l'eau en bouteille, je ne suis pas obligé et je reste libre.

    Il y a aussi bien d'autres choses à dire et que l'on peut découvrir dans les sites publics (Minstère santé, Afssa, Invs...) pour qui se donne la peine de chercher.