Date de publication: le dimanche 11 janvier 2009 à 18h53
Dernière modification: par Pascal BOYER le lundi 12 janvier 2009 à 16h35
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Article de Doan BUI paru dans le N°2301 du journal Le Nouvel Observateur en date du 11 au 5 Décembre 2008
Radiez les produits irradiés
Utile pour tuer les bactéries et aider les produits à mieux voyager, le procédé a des effets controversés sur la santé
Du poulet au césium 137 aromatisé avec du persil et des échalotes arrosés de cobalt 60, le tout passé aux rayons gamma ? Science-fiction ? Pas tout à fait. L'irradiation – pardon l'« ionisation », terme moins angoissant préféré par les industriels – est un de ces procédés mystérieux auxquels peut avoir recours l'industrie agroalimentaire. Manière radicale d'éliminer germes et bactéries, les aliments sont soumis à des radiations ionisantes, et hop !, c'est propre. Cela permet en plus à nos aliments de voyager et de se conserver plus longtemps.
En France, on compte six usines d'ionisation. L'un des leaders est la société Ionisos, dont le principal business est la stérilisation de matériel médical. « L'activité agroalimentaire est minime. Il y a dix ans, on traitait toutes les épices. Mais maintenant il y a obligation de marquer sur l'étiquette que les aliments sont traités par rayonnements ionisants. Alors les industriels font moins appel à nous », explique Gilles Daneyrolle, responsable des ventes. Si les fraises et le camembert au lait cru figurent sur leur site internet comme aliments autorisés, Ionisos n'en a jamais traité, promis, juré. « On a essayé sur les pommes de terre pour empêcher la germination, mais ce n'était pas concluant. On traite surtout la volaille broyée mécaniquement. » Hein, kézako ? « Oui, tous les rebuts de volailles qui ne sont pas vendus directement. Après, c'est utilisé pour des sauces. » Miam...
Bonne nouvelle, donc, les aliments irradiés seraient encore rares sur le marché. Sauf qu'il est impossible de tout contrôler. « En France, aucun industriel ne s'aventurerait à ioniser un produit sans le notifier. Mais c'est plus difficile de contrôler toutes les denrées importées », dit Gilles Daneyrolle. Les usines d'irradiation poussent comme des champignons en Chine, en Inde, ou récemment au Maroc. Et les Etats-Unis sont de fervents défenseurs du procédé, à la suite de plusieurs scandales sanitaires. Après avoir autorisé l'irradiation de la viande rouge et de la volaille en 2000, la FDA (Food and Drug Administration) vient d'autoriser celle des laitues, épinards, saucisses, tomates... Une initiative qui scandalise nombre d'ONG environnementales. « Les avis de l'OMS, sur lesquels se reposent les autorités sanitaires, sont biaisés », alerte le Collectif français contre l'Irradiation des Aliments, qui cite de récentes études sur des rats ayant développé des cancers après avoir été nourris de farines irradiées.
En l'état actuel des connaissances, la dangerosité du procédé n'est pas établie. « Il est totalement inoffensif, assure le toxicologue Jean-François Narbonne. En revanche, c'est vrai qu'il détruit les vitamines. » Et donne parfois de drôles de résultats. « On a essayé d'irradier des œufs. Ce n'était vraiment pas ragoûtant. » On n'arrête pas le progrès...
Doan BUI
Ionisation autorisée
Voici la liste des aliments autorisés à l'irradiation en France : herbes aromatiques, épices, herbes aromatiques surgelées, oignons, ail, échalote, légumes et fruits secs, cuisses de grenouille, crevettes congelées et surgelées, abats de volaille, volaille, farine de riz.
Pourquoi tant de sel ?
Pierre MENETON*
L'excès de sel est l'un des facteurs majeurs de l'hyper- tension artérielle. 10 millions de personnes en France sont traitées et d'autres en souffrent sans le savoir. On consomme en moyenne 8,5 grammes de sel par jour, pour un besoin physiologique estimé par l'Organisation mondiale de la Santé à 1 ou 2 grammes par jour. Mais comme 90% du sel se trouve dans les aliments transformés, il est quasiment impossible d'en contrôler l'apport. C'est une surconsommation imposée. L'Agence française de Sécurité sanitaire des Aliments (Afssa) a préconisé en 2002 d'en réduire les doses. Cela n'a débouché sur aucune mesure ! Pourquoi tant de sel ? C'est un exhausteur de goût, un cache-misère. On le trouve dans des produits auxquels on ne pense pas, comme le chocolat. Les groupes agro-industriels utilisent de grandes quantités de sel sans en mentionner les effets sur la santé. Exposer quelqu'un à son insu à un risque avéré relève du délit de tromperie aggravée.
Propos recueillis par C. F.
(*) Chercheur à l'Inserm.
Halte au light !
Laurent CHEVALLIER*
Notre nourriture est trop industrialisée, il faut revenir à des saveurs plus simples. Par exemple, éviter les arômes de synthèse qui leurrent le cerveau et peuvent entraîner des troubles du comportement alimentaire. Déshabituons notre progéniture des sodas ou des desserts aromatisés : plutôt qu'un yaourt fraise artificiellement aromatisé, mieux vaut aromatiser son yaourt soi-même avec de la confiture. Ne tombez pas dans les pièges du light : on vous vend le plus souvent plus cher des produits qui sont gonflés avec un peu plus d'air et d'eau... Les édulcorants ? Ils ont souvent l'effet exactement inverse de ce qui est recherché car ils perturbent le mécanisme de la faim. Sans compter que le sucre supprimé est quelquefois remplacé par du gras. Et, surtout, n'oublions pas que l'aspartame est plus que controversé. Je le déconseille formellement aux femmes enceintes : une étude de 2007 chez l'animal a souligné qu'il y avait un risque d'augmentation de cancer après imprégnation de la vie foetale. De très fortes doses d'aspartame augmenteraient de plus les risques de malformation : c'est ce qui est mentionné dans « le Manuel Merck », une référence pour les bonnes pratiques médicales. Propos recueillis par D. B.
(*) Médecin consultant en nutrition, praticien attaché au CHU de Montpellier, auteur d'« Impostures et vérités sur les aliments » (Fayard-France Bleu).
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