Date de publication: le lundi 12 janvier 2009 à 10h13
Dernière modification: par Pascal BOYER le lundi 12 janvier 2009 à 16h39
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Article paru dans le N°2228 du journal Le Nouvel Observateur en date du 30 Octobre au 5 Novembre 2008
Trois questions à Charles Sultan*
Le professeur pointe les dangers des produits phytosanitaires sur l'organisme dès le plus jeune âge
Le Nouvel Observateur. – Haro sur les pesticides, herbicides et fongicides ! Le 5 novembre, c'est un film documentaire de Jean-Paul Jaud « Nos enfants nous accuseront», qui sort en salles. Et le 25 novembre, Arté diffusera «Mâles en péril » sur la baisse de la fertilité masculine dans le monde. La progression de 1 % par an des cancers chez les plus petits, vous confirmez ?
Charles Sultan. – Les études épidémiologiques le soulignent. C'est malheureusement dès la vie intra-utérine que le bébé d'aujourd'hui est exposé aux quelque cent mille substances chimiques présentes dans notre environnement. Des chercheurs américains ont répertorié les traces de 250 produits dans le sang du cordon ombilical ! Je n'hésite pas à le dire : le nouveau-né arrive au monde déjà contaminé, y compris par les pesticides que l'on trouve dans l'air intérieur. Or ces molécules restent stockées dans les tissus graisseux de l'organisme. Elles vont se cumuler avec d'autres substances tout au long de la vie.
N. O. – Et c'est cette interaction qui vous semble peu ou pas prise en compte par les réglementations...
Charles Sultan. – Nous sommes en effet dans le plus épais brouillard. Le programme européen Reach contraint les industriels à faire la preuve de l'innocuité des nouvelles molécules mises sur le marché à un moment donné.
Mais pas sur le long terme, alors qu'elles peuvent êtres stockées dans l'organisme pendant trente ans ! Reach ne prend pas non plus en compte les effets de l'association d'une substance chimique avec une autre. Pas plus que les effets collatéraux : ce n'est que très récemment qu'on a découvert qu'un pesticide utilisé dans les peintures pour protéger les coques de bateau contre la prolifération des mollusques, le TBT, était un générateur d'obésité.
N. O. – En 2002, votre étude européenne sur 995 enfants au CHU de Montpellier avait révélé un taux de malformations génitales en proportion très supérieure à ce qu'on imaginait. Particulièrement chez ceux qui avaient grandi dans des exploitations agricoles surexposées aux pesticides. A l'époque, certains avaient mis en doute la pertinence statistique du panel. Où en sont les recherches ?
Charles Sultan. — Oui, cette étude avait fait débat. Sauf qu'aujourd'hui la plupart des travaux scientifiques et des enquêtes épidémiologiques, tant au Danemark qu'en Finlande, aux Etats-Unis ou en Espagne, confirment ces conclusions. Dans les populations d'agriculteurs, la prévalence des tumeurs du cerveau est trois fois supérieure à la normale. Et le risque de développer la maladie de Parkinson est deux fois plus important. On ne peut pas affirmer une relation directe de cause à effet. Mais il existe un faisceau de données concordantes. Et l'on peut aussi craindre un effet transgénérationnel. La revue « Science » a publié l'an dernier une étude sur des rats exposés à des pesticides. Les effets étaient sensibles jusqu'à la quatrième génération...
Propos recueillis par GUILLAUME MALAURIE
(*) Professeur d'endocrinologie pédiatrique au CHU de Montpellier.
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