Date de publication: le dimanche 11 janvier 2009 à 18h11
Dernière modification: par Pascal BOYER le mercredi 29 décembre 2010 à 16h25
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Article de Doan BUI paru dans le N°2301 du journal Le Nouvel Observateur en date du 11 au 5 Décembre 2008
Traquez les graisses cachées
Le consommateur ignore parfois la présence des acides gras trans, les fabricants n'étant pas obligés de les mentionner sur l'étiquette
Ils ont été bannis de la restauration collective à New York et en Californie. Aux Pays-Bas, le Netherlands National Instituts for Public Health and the Environment estime entre 1 000 et 1 500 le nombre de morts qui leur est directement imputables. Soit plus que le nombre de tués sur la route ! Ce sont les acides gras trans (AGT). Des graisses industrielles cachées dans moult produits de supermarché : viennoiseries, gâteaux, barres chocolatées, chips, pâtes à tarte. Obtenues grâce à un habile procédé : l'hydrogénation. En injectant de l'hydrogène, l'huile se transforme en une sorte de pâte qui, utilisée dans les gâteaux, leur donne moelleux et fondant. Moins onéreux que le beurre, les trans permettent aussi d'allonger la durée de conservation, y compris par temps chaud.
Seulement voilà, les acides gras trans sont dans la ligne de mire des scientifiques. Accusés d'augmenter le risque de maladies cardio-vasculaires et de diabète, et même de cancer du sein. En France, pourtant, malgré un rapport de l'Afssa (Agence française de Sécurité sanitaire des Aliments) sur les dangers des AGT, rien n'a été fait. L'Association nationale des Industries agroalimentaires (Ania) assure qu'ils sont utilisés en quantité minime par les fabricants français. Certes, nous sommes moins exposés que les Américains ou les Britanniques. Cependant chez des jeunes garçons grands consommateurs de produits industriels, on arrive, selon l'Afssa, à des taux de 8,5 à 10 grammes par jour, seuil considéré « à risque ».
En ces temps de lutte contre l'obésité, les industriels redoublent de déclarations vertueuses. Nestlé assure que « les acides gras trans ont été totalement bannis depuis deux ans ». Idem chez Unilever, qui a revu la composition de ses margarines. Mise en cause dans un documentaire d'« Envoyé spécial » et par « 60 Millions de consommateurs » pour son cultissime gâteau Savane, la société Brossard a elle aussi fait son mea culpa. « On est passé de 2,4 à 0,7 gramme pour 100 grammes », dit Agnès Da Lage, porte-parole de Brossard. Impossible de le vérifier sur l'emballage : « On n'a pas voulu communiquer sur cette nouvelle recette, nous restons un aliment plaisir. De toute façon, l'étiquetage des traits n'est pas obligatoire. » A la différence du Canada et des Etats-Unis, où le pourcentage de trans doit figurer sur l'étiquette depuis 2006.
Pour les détecter, regardez s'il est mentionné de la « graisse végétale hydrogénée».
C'est un indice infaillible. Le problème est que les fabricants peuvent n'indiquer sur l'étiquette qu'un très flou «graisses végétales ». Une proposition de loi pour un étiquetage plus précis a été déposée cet été. En attendant une interdiction pure et simple ?
Doan BUI
Bonnes et mauvaises graisses
A ÉVITER
Les acides gras trans. Il en existe de deux sortes :
1) les AGT industriels, présents sous la dénomination « graisses végétales hydrogénées ». Faute de règlementation, les fabricants ne sont pas tenus d'en mentionner la présence.
2) Les AGT naturels, qu'on retrouve dans le lait et la viande. Ils seraient moins néfastes que les trans industriels.
Les acides gras saturés. Ce sont les « mauvaises graisses». Celles qui font augmenter le « mauvais cholestérol», celui qui bouche nos artères. Présents dans le lait entier, les produits d'origine animale, le beurre.
A PRIVILÉGIER
Les acides gras monoinsaturés. Neutres, ils sont présents dans l'huile d'olive et l'huile de noix.
Les acides gras polyinsaturés. Ils contribuent à faire baisser le cholestérol. On trouve dans cette famille les fameux oméga 3, présents dans les poissons gras.
Femmes, méfiez-vous des trans
Françoise CLAVEL–CHAPELON*
Nous avons suivi 100 000 femmes depuis dix ans. C'est donc une étude épidémiologique très large. Le but est de connaître les facteurs qui ont pu favoriser la survenue d'un cancer du sein, en regardant de plus près le facteur alimentation et en analysant dans le sang le taux moyen d'acides gras trans. Les 20% de femmes qui ont le taux le plus élevé d'acides gras trans avaient un risque quasiment doublé de développer un cancer du sein. Suite à cette étude, nous avons bien entendu alerté les instances gouvernementales. Mais nous ne sommes qu'épidémiologues... Maintenant, c'est aux autorités de prendre les mesures nécessaires.
Propos recueillis par Doan BUI
(*) Cancérologue à l'Institut Gustave-Roussy, épidémiologue à l'Inserm.
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